Planète x, un nid de dragon mal placé

Vidée par la manipulation énergétique qui venait tout juste de se produire dans les airs, je n’avais subitement plus la force pour maintenir mon vol stationnaire. Mon corps lourd tomba en chute libre à plusieurs kilomètres du sol. J’étais en train de perdre connaissance et n’avais plus que très peu de ressources énergétiques disponibles.
Une sphère dimensionnelle apparut brutalement et se positionna en plein sur ma trajectoire. A l’intérieur, on vit un univers réduit dans lequel se trouvait un tigre blanc affalé sur de la moquette moelleuse. Il dressa la tête dans ma direction, ses yeux suivaient ma chute et il bougea la sphère pour que je tombe pile dedans.
Lui, c’était un de mes alliés animaux qui s’appelait Pouic.

– Ah Pouic, tu viens me récupérer ?… (je retournai mon corps pendant la chute et tendis les bras pour anticiper l’atterrissage en format “câlin”). C’est gentil… je suis vidée… C’est toi qui est en charge de me récupérer…

La gravité m’emportait à vitesse pharaonique mais plus je me rapprochai de la sphère qui venait me chercher, plus la sensation d’amorti molletonné m’envahissait.  Cela freina totalement mes énergies. Il était le guide en charge de ma récupération énergétique aujourd’hui. Cela signifait qu’il se chargeait de la récupération de mon corps éthérique, et de mon ressourcement à travers le partage de ses énergies personnelles. Il me garantissait un environnement sécurisé et une abondance d’énergies sur laquelle je pouvais me nourrir pour me ressourcer et panser mes blessures éventuelles. Cela revenait à me mettre à disposition un puit de magie à disposition, en libre service, sans que je n’ai à me soucier de quoi ce soit.

Ce n’était pas toujours le même guide qui se chargeait de protéger mon corps et m’aidait après les grosses manipulations énergétiques. Ils faisaient des tournantes entre eux, et cela dépendait aussi de qui était disponible et qui venait en mission avec moi. 

Son univers était gorgé de lumières violettes à peine tamisées. J’atterris avec la douceur d’une plume en plein sur ce gros doudou tout doux. Mon corps s’affala dans son poil soyeux comme un bébé dans une couette duveteuse. Il me fit une léchouille, puis s’assura que j’étais bien installée par quelques mouvements de tête sur mes épaules. Je n’avais pas assez de force pour bouger les membres. Quand il me vit respirer lourdement et fermer les yeux, il parut satisfait. Il posa sa tête à son tour et me laissa ainsi, mon buste sur lui et mes bras l’encerclant autant que possible.

Au loin j’entendis des haussements de voix. Ma paupière s’ouvrit difficilement. A l’extérieur de la sphère de Pouic, la dimension était toujours accessible. Les plaintes fusaient à profusion. 

-“hmf, quel sale travail ! » feula un habitant de la planète. 

Un de mes guides déboula, sidéré par les propos. 

-“Comment ça sale travail ??! Non ! Elle a fait du bon travail ! 

– “Le dragon est toujours là, le problème est toujours là ! Il n’est pas dissous ! Elle n’a fait que repousser le problème !”

– “mais elle n’allait pas aller à l’encontre de ce que son dragon lui a dit de faire ?! “

– “Elle n’a rien résolu !” 

– “ah ouais ? Bah Vas-y  ! Fais-le toi ! Tu en connais beaucoup des personnes qui peuvent fusionner totalement avec leur dragon et gérer ce type de problèmes ? Hein ? Toi peut-être ?!” 

– “Mais elle aurait pu s’en débarasser ! Au lieu de ça, elle ne fait que le pousser plus loin !”

– “Mais pourquoi elle irait à l’encontre des consignes données par son dragon ?! C’est son dragon !! S’il a estimé que c’était ce qu’il y a à faire, elle le fait, c’est tout ! Et bien, en plus ! Elle a très bien travaillé ! Elle a tout bien fait !” 

– “Le dragon est toujours là !! Il n’est pas parti !! Il est toujours dans la zone ! Rien n’est résolu !” 

– “Et alors ? Tu veux t’en occuper peut-être ?! Et bien débrouille-toi ! T’as qu’à le faire vu que ce n’est pas comme tu veux toi !” 

L’autre se mordit les lèvres de frustration.

– “Non hein, tu peux pas, bah voilà ! Elle au moins, elle a agi. C’est fait. Elle, c’est une “do-er”. Elle ne te fait pas des promesses sans rien faire derrière. Quand elle dit qu’elle le fait, elle le fait de suite. Elle ne te fait pas miroiter des choses comme tant d’autres, tous ceux qui disent qu’ils vont agir et qui ne feront  jamais rien… ceux qui disent oui pour sauver les apparences mais qui ne feront pas l’effort de gérer réellement la demande. Ils sont combien dans ce cas, hein ?! Et qui a accepté au final de prendre en compte votre appel ? Qui a voulu agir pour vous ? Tu en vois beaucoup ? Tu vois quelqu’un d’autre ici ? … hein ? … et tu te plains ! Elle au moins, elle est venue. Elle a prit la peine de s’en charger alors qu’elle n’était même pas obligée ! Elle l’a fait pour vous soulager. Si tu n’es pas content, débrouille-toi tout seul pour résoudre tes problèmes et ne passe plus des appels ! On verra ce que toi tu fais par toi-même… si tu fais !… mais vu ce que tu as fait jusqu’à présent à part geindre, tu ne feras rien de plus… évidemment ! Et ça exige de dissoudre un dragon ?! Si tu veux le dissoudre, fais-le toi-même ! Vas-y ! Va lui faire face ! “

-“mais non… je-je ne peux pas…mais je voulais que…”

– “Alors tu la fermes et tu acceptes l’aide reçue qui est déjà tellement plus de ce que vous aviez jusqu’à présent !… Qu’est-ce que c’est agaçant ce comportement !”

Tandis que Pouic resta silencieux en télépathie, j’ouvris mon canal pour parler à ce guide.

– Hmm … ce n’est rien… laisse-le… c’est pas grave… je suis habituée à ce que les peuples ne soient pas contents de mes services… c’est pas grave… 

Le garçon releva la tête dans ma direction en m’entendant, puis soupira d’agacement. 
– “Tu as bien agi, Camille… c’était une mission bien faite. Tu l’as parfaitement exécutée !” 

-… tu es gentil. Merci de me dire ça… 

Mes yeux se refermèrent, Pouic avait une énergie duveteuse, tellement chaude et cotonneuse…

Ce n’était pas la première fois que les plaintes fusaient à mon encontre et cela ne sera pas la dernière. Il était même très courant que les habitants se plaignent de ma venue sur leur territoire. Je ne faisais jamais dans la dentelle, les combats étaient rudes, les conséquences aussi, d’autant plus qu’il m’arrivait très souvent de ne pas suivre les dictates et les conventions. Je ne faisais que ce que j’avais envie en mission, alors il y avait très souvent un lot de déconvenues dans les deux camps.

Aujourd’hui, j’avais fait ce qui était juste pour ce cas de figure et l’issue me plaisait.
Si Chouchou avait estimé qu’il n’était pas nécessaire de tuer le dragon, que l’éloigner suffirait à résoudre la problématique principale, alors cela m’allait très bien. Ce n’était pas parce qu’on ne pouvait pas cohabiter avec certains êtres qu’on devait s’en débarrasser en les rayant de la carte. Il suffisait parfois de leur offrir un territoire délimité sur lequel ils pourraient s’épanouir en paix.

Dans l’astral, il fallait apprendre à cohabiter. Nous ne pouvions pas toujours agir sur des cas par la vie ou la mort. Tout comme ce n’était pas parce qu’un dragon mettait le bazar dans une zone qu’il devait être liquidé. En réalité, dans de très nombreux cas, un simple rappel du respect des territoires suffisait amplement. Cela pouvait être un rappel par la douceur, la politique, la menace, ou dans les cas plus coriaces, par la force pure et dure.

Dans l’appel à l’aide d’aujourd’hui, nous avions opté pour un éloignement forcé de son nid en le téléportant lui et sa “maison” dans une zone éloignée de la population. Il y avait suffisamment de place sur cette planète pour qu’ils puissent tous y trouver leur compte.
Initialement, le dragon sombre avait élu domicile en pleine place publique. Toute la population avait dû revoir son infrastructure face à la violence et la brutalité du dragon qui avait jugé bon d’envahir le Colisée qui servait de place de rassemblement publique. A ce titre, il avait dévasté tout le centre de la ville pou marquer son territoire. Tous les habitants étaient apeurés et n’osaient même plus traverser la ville. Sa présence faisait planer en permanence une chape de plomb, avec les risques mortuaires qui allaient de paire. Ils guettaient son ombre dans le ciel, étaient mortifiés par les cris stridents, sans compter les disparitions incessantes des habitants qui servaient de garde-manger à la bête sombre et incontrôlable.
Ils en étaient arrivés à un point où ils n’attendaient qu’une chose, la mort de la bête. Ils n’en pouvaient plus. Je le comprenais bien.
Au final, la ville pourra reprendre son train de vie. Et le dragon continuera sa vie lui aussi. De mon point de vue, c’était une belle issue et j’étais parfaitement en paix avec ça, Chouchou aussi.

Quand on passait un appel à l’aide, l’assistance apportée était évaluée différemment selon qui intervenait. C’est comme ça. Autant s’y faire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 × un =