Un Centre d’Aide pour âmes en souffrance

– Soit tu te remets à bosser, soit tu dégages. Tous les récalcitrants seront mis au pas. Tu choisis. Cette maison sera remise en route avec ou sans toi.

L’entité dont le cou était étranglé fut violemment placé dos au mur. Il tenta de se débattre contre la poigne désagréable. Il avait eu le malheur de me dire que lui et les autres ne voulaient plus travailler mais qu’ils étaient bien ici, qu’ils ne voulaient pas partir, qu’ils aimaient zoner et faire comme bon leur semblait… Entretenir des entités sans qu’elles n’assument leurs obligations ne faisait pas du tout partie de mon vocabulaire.

– Tu t’inclines et tu commences à bosser correctement, ou tu t’en vas ? Tu me dis. Si tu refuses de reprendre le taf, qui est la raison pour laquelle on t’a fait venir à la base, je te fous dehors. Si plus aucun de vous ne veut bosser, pas de problème, je vous mettrais tous à la porte. Mais si vous voulez rester, vous n’avez pas le choix, votre travail doit être accompli, et correctement. Alors, tu choisis quoi ?

Lui qui avait eu le malheur d’aller chercher des réserves dans le garage et qui ne m’avait pas vu arriver… Il ne s’attendait certainement pas à ce que ce jour soit le début d’un grand ménage de Printemps. Il grogna mais en baissant les yeux. La tension fut relâchée.

– Bien. Allons voir les autres maintenant. Cette baraque est un véritable taudis… complètement délaissée, totalement délabrée. Non mais regarde-moi l’état des murs !… C’est pourri, c’est sale… les vacances sont terminées. Tout le monde va m’entendre gueuler aujourd’hui, c’est sûr. Procédons à l’état des lieux. Je vais explorer toutes les pièces et mettre un coup de pied à l’étrier. On va voir si vous allez rester à rien foutre de vos journées…

Une jeune femme délicate vint à ma rencontre et me suivait au pas sans même que je ne demande quoi que ce soit.

– Appelle les serviteurs et lance les chantiers de rénovations. Accueillir les âmes dans cet état, ce n’est pas possible. C’est tellement dégueulasse que j’ai honte pour elles.
– « Oui, tout de suite », répondit-elle. « Je les convoque. »
– Qu’ils commencent immédiatement. Et mes fringues, je les fous où ? Regarde, j’ai ramené quelques fringues de mon monde humain pour pouvoir me changer quand je viens ici en tant qu’humaine, je les mets où ? L’armoire de vos vêtements est pleine et dégueulasse en plus ! Les autres sont sales et pleine de poussières… Je ne peux même pas foutre deux trois fringues à moi dans c’te baraque pour quand je viens ! C’est dingue ! Même pas un coin propre !!

Elle me vit tasser 3 pulls, une robe longue noir à plumes que j’adorais, et un pantalon dans un coin d’armoire, en boule, au côté des vêtements des autres. J’avais horreur de mettre mes fringues en boule, alors forcément cela n’incitait pas du tout mes humeurs à se calmer.

On continua l’exploration de la maison mais elle évita sciemment une pièce du couloir. Cela attisa mon intérêt.

– Et là, il y a quoi là, dans cette pièce ?
– « Ah… euh… vous ne pouvez pas aller là », dit-elle contrit. Elle se mit sur ma route et referma délicatement la porte que j’avais à peine entre-ouverte.
– Une pièce dans laquelle je ne peux pas rentrer ici ? C’est une blague ?… Tu me fais une blague, c’est ça ?

J’ouvris la porte en grand, mais une femme à l’intérieur se précipita pour empêcher quiconque d’entrer. Avec ses airs gothiques et son maquillage noir, elle ne me regarda même pas. Elle mit tout son poids sur la porte, et sur un vif coup d’épaule, elle la claqua avant de tourner un verrou. J’étais choquée.

Mon pied vola en plein milieu de la porte avec une telle frénésie qu’elle se fracassa sur un coup de tonnerre.
Je me ruais à l’intérieur, furieuse. La fille gothique bondit de son siège, la même qui avait eu le culot de me claquer la porte au nez. Elle allait ouvrir la bouche pour se rebeller contre l’intrusion, mais quand elle vit ma main levée en signe d’avertissement, elle se ravisa.

– Ne te mets pas en travers de mon chemin. Votre isolement s’arrête là.

Elle se plaça en retrait tandis que je fis un pas de plus en direction des compères avachis, dos à la porte d’entrée accaparés par leurs écrans de jeux vidéos.

– Vous foutez quoi, là ?

Aucun des 3 fauteuils ne se retourna. Pire, aucun ne m’avait entendu. J’avais face à moi, 3 garçons totalement hypnotisés par 3 grands écrans d’ordinateurs qui accaparaient toute leur attention. Tous confinés dans cette petite pièce de 10 mètres carrés, ils avaient rebaptisé cette pièce tel un véritable bunker destiné aux divertissements. Jouer était leur activité principale.

Je supposais que soit la fille en retrait aimait soit regarder le jeu et assister à l’ambiance, soit elle attendait son tour pour prendre le contrôle des manettes, si tenté qu’un des garçons accro lui cède cette opportunité.

Abattre les cibles, viser correctement, gueuler à travers le casque qu’ils portaient chacun sur la tête… J’avais l’impression de subir la crise d’adolescence de 3 ados. 


Je savais que les entités adoraient le jeu, même dans l’astral. Même Elédahiel, m’avait fait le coup une fois, de jouer alors qu’il m’accueillait dans ses énergies.

Il était temps de couper court au cycle infernal. Comme ils se fichaient bien de ma présence, j’allais débrancher le jeu en pleine partie. Oui, oui,  cet outrage… comme ça, sans prévenir en pleine partie, sans aucun égard pour eux… Mais quand je voyais l’état de la maison, je me disais qu’ils avaient bien assez joué au détriment de tout le reste…

Je pris le contrôle de la console par la pensée et affichai un message d’erreur sur les 3 écrans en simultané.

Tous huèrent. Ils tentèrent d’outrepasser la défaillance que semblait avoir le jeu, en forçant magiquement un reboot de la console. Les voir s’obstiner fit monter d’un cran mon niveau d’agacement.

La console se modula quasi instantanément en arme de guerre qui les prit en joue. J’avais conçu un canon de tir totalement opérationnel avec une technologie type- Laser. Cela ressemblait à une Gatling futuriste. Une LED s’alluma pour montrer l’activation de l’arme. L’embout suivait toutes les cibles mouvantes. Ils se retranchèrent dans leurs fauteuils respectifs.

Je me frayai alors un chemin jusqu’à me placer devant les écrans avec les 3 loustics bien face à moi. Le canon se tourna dans ma direction pensant que j’étais l’une des cibles mouvantes. Une baffe s’abattît sèchement sur l’embout en guise de répercussion.

– Shoote-moi et tu vas voir ce que ça va faire, feulai-je comme s’il s’agissait d’un être vivant à part entière. Je vais faire exploser la pièce et tout le monde avec.

L’arme changea sa programmation et corrigea intuitivement sa ligne de tirs en pointant à nouveau les 3 fauteuils à tour de rôle. Un simple tir pouvait percer la chair et les os sans aucun problème en plus de les incommoder avec de fortes sensations de brûlures. Les entités avec lesquelles je travaillais savaient toutes que je ne faisais jamais de menaces dans le vide. Tirer ne me posait absolument aucun cas de conscience.

– Ah ? Je vous dérange ? Je suis navrée, vraiment navrée de vous déranger pendant votre partie de jeu… Non mais je rêve !? Vous branlez quoi ??!!  La cour de récré, c’est terminé !!  Vous allez vous remettre à bosser, oui ??!

Tous se retranchèrent au fond de leurs fauteuils.

– Ici, vous allez me recréer 2 pôles, la gestion des souffrances émotionnelles et la gestion des souffrances physiques. Virez moi la console, et replacer les bureaux correctement pour la gestion administrative et rajoutez-moi la technologie pour le traitement des âmes. Je veux que la pièce soit opérationnelle pour accueillir les âmes convenablement, c’est compris ? Vous me refaites tout nikel ! C’est dégueulasse ici, putain ! Un vrai trou à rats !

Une sonnerie de téléphone retentit dans la pièce. Le silence régna. La femme qui me suivait depuis le début décrocha un combiné posé sur une petite table basse et parla avec une douceur incroyable dans le ton de sa voix.

– « numéro 75… oui… oui bonjour, oui… une souffrance à prendre en charge, bien sûr nous acceptons… Nous prenons l’âme en charge…avec plaisir… »

Elle continua de parler pendant quelques longues minutes tandis que tous les autres membres présents évitaient de faire du bruit pour ne pas déranger. A la seconde où elle raccrocha, ils m’entendirent gueuler à nouveau.

– Allez-làaaa, bougez-vous putain ! Vous attendez quoi pour vous bouger le cul ??!! Recevoir les âmes dans cet état, c’est pas possible ça ! vous me faites honte !! Et refaite-moi aussi les murs !… Ya des trous et du moisi partout !

Les hommes bondirent de leur fauteuil et s’agitèrent comme des abeilles affolées. Ils commencèrent à vider la pièce et dégager les meubles. Je scrutai la jeune femme qui avait pris son rôle de réceptionniste très à coeur. Elle m’avait impressionnée. Ses énergies m’avaient touchée. L’entendre parler m’avait captivée. Elle enveloppait tout dans une douceur indescriptible. Quand elle me vit l’approcher, elle sourit tendrement.

– Tu es douce au téléphone… quelle douceur dans ta voix, et dans tes énergies, c’est incroyable… Pour les âmes, se faire accueillir par toi, c’est tellement agréable, c’est un cadeau… Tu fais un travail formidable. Merci… Merci de prendre le rôle de réceptionniste dans la maison. Ton rôle est essentiel ici.

Elle fut enchantée d’entendre un compliment. A la regarder de plus près, elle venait clairement d’ailleurs…

– Tu es belle, ta peau est comme grise et granuleuse, presque argentée… tu es quoi comme essence énergétique ? Tu appartiens à quel clan ?
– « Je suis une Chical. »
– Tu peux me montrer ta magie ? Je suis curieuse parce que tu sembles avoir des énergies Argent en toi…
– « Bien sûr. Je te montre. Suis-moi, on va changer de pièce, ce sera plus facile de te montrer là-bas. »

Elle m’invita au fond du couloir, loin des gens qui s’agitaient dans tous les sens.  Elle ouvrit ses paumes de mains, puis tout à coup, son corps entier disparut. Je regardais partout autour de moi, mais ne la voyais plus. Seule une intense chaleur restait là où elle s’était tenu la seconde d’avant. Je compris alors la source de sa magie.

– Oh ! … je croyais que tu avais disparue, mais en fait, tu es toujours là devant moi, n’est-ce pas ? Je sens ta chaleur, si douce !… Tu as le don de dissimulation, c’est ça ?

Elle réapparut face à moi et acquiesça avec un grand sourire.
– « Oui », dit-elle fière de ses aptitudes.
– Quel joli don ! Tu le manies à la perfection en plus, ce don est un cadeau dans cette maison, tu nous es tellement utile !

Elle était touchée par mes mots, ravie de se sentir reconnue et valorisée pour ses compétences. Aimée aussi. Et elle avait de quoi. Une femme incroyablement belle sortie tout droit d’un film de science fiction… Si douce, si chaleureuse… Elle avait une douceur et une patience que clairement, je n’avais pas. Une chose était certaine, sa présence avait un impact plus que remarquable pour tous les membres présents.

Autour de nous, l’activité battait son comble. J’aimais le style victorien, les moulures au plafond, les murs avec la partie supérieure peinte et le dessous en empreintes moulées. Les travailleurs du bâtiment le savaient. Ils avaient commencés à façonner de magnifiques ornements et furent enchantés de m’entendre les complimenter en passant en revue l’avancée des travaux.

Tout allait très vite. Les dessins étaient d’abord inscrits sur les murs, puis ils apposaient les matières et la moulure apparaissait en 3D. C’était comme des fleurs de lys en plâtre, ou des fleurs de vignes… Des genre de feuillages gracieux qui ornaient toute la moitié inférieure.

Il y avait aussi une équipe en charge de nettoyer les murs, virer les vieux papiers-peints et en remettre d’autres. Egalement, l’équipe des déménageurs en charge de nettoyer les meubles et d’en faire livrer de nouveaux avec des technologies adéquates pour le traitement des âmes pour automatiser les manipulations énergétiques…

Le temps que je file vérifier l’état d’avancée dans l’ancienne pièce de jeu, celle-ci avait été déjà complètement transformée. Ils manquaient bien des finitions ici et là, mais elle ressemblait déjà nettement plus à une salle de travail luxueuse et délicate qu’à une grotte de jeunes garçons.

Il y avait 2 tables de bureaux en bois rustique, il manquait encore un joli lustre, mais les murs étaient rafraichis. Les couleurs et ornements presque terminés. L’énergie de la pièce avait changé. L’équipe se rassembla à l’intérieur tandis que je m’appuyai sur un coin de bureau pour admirer l’évolution de la pièce. C’était devenu une très belle pièce…

– Ah, (mes yeux se levèrent en direction du ciel), numéro 76. Souffrance émotionnelle. Une âme arrive. Préparez sa prise en charge.

Les membres me regardèrent en silence, puis le téléphone retentit. Tous se retournèrent vers le poste téléphonique. La Chical décrocha avec sa voix toujours aussi délicate.

– « 76 ? oui… oui bien sûr…. souffrance émotionnelle, oui, oui…. oui nous acceptons la prise en charge… »

Je décollai la hanche du bureau.

– Au boulot maintenant. Accueillez-là proprement. Qu’elle se sente bien ici, le temps de sa venue. Qu’elle passe un moment agréable dans ce lieu.



Les Centres de prises en charge des âmes étaient nombreux et existaient à travers des dimensions très proches de la dimension terrestre. Une équipe de guides compétents était alors rassemblée afin de pouvoir traiter les patients et les accompagner dans la guérison.

La venue des âmes rentrait dans un cadre précis qui faisait partie d’une plus grosse Gestion Administrative mise en oeuvre dans la prise en charge des âmes en général.

Le Centre était donc référencé auprès de la hiérarchie angélique et les âmes envoyées au centre selon les disponibilités, les technologies et le type de prise en charge demandée.

Chaque cas de guérison avait donc différentes manières d’être soigné. Les humains pensaient que la plupart du temps, les Anges faisaient tout directement, c’était un mythe. On déléguait beaucoup et créait des structures qui permettaient une gestion de masses plus productives avec des flux mieux organisés afin de fluidifier et harmoniser le traitement énergétique.

Ce qui faisait la particularité d’un centre était donc la nature des soins mis en oeuvre qui dépendait du Régent, de ses capacités et du type de guérisons offert, et des membres présents aussi qui ramenaient leurs lots de compétences au sein de la maison.

Si les membres choisissaient de travailler dans ce centre, cela pouvait être pour différentes raisons. La proximité avec d’autres membres en particulier, la volonté de participer à un projet de guérison, ou simplement la volonté de vouloir suivre et accompagner un membre présent. Il y a aussi ceux qui ont été “invités” par d’autres entités des hauts plans à participer à la vie du centre, et qui travaillent pas vraiment par envie mais par devoir (parce qu’ils se sont engagés auprès d’autres entités).

Pour ma part, je n’avais que faire des engagements prévus antérieurement avec d’autres entités, toutes les énergies qui travaillaient à mes côtés pouvaient partir si elles le souhaitaient. J’acceptais volontiers qu’elles ne soient pas en accord avec ma manière de faire et que cela ne leur plaise pas. J’avais compris depuis longtemps que les entités avaient elles aussi une volonté propre et une évolution tout à fait personnelle. Elles avaient tout autant le choix que les autres. Je ne les forçais pas. Toutefois, à partir du moment où nous étions liés dans le cadre du travail, alors les engagements initiaux devaient être remplis par l’ensemble des parties. Pour ça, j’admettais que j’étais intraitable…

Cela étant… eux aussi savaient très bien où me trouver quand il s’agissait d’agir… si si… ils savaient râler, gueuler et exiger aussi… Mais cela ne me dérangeait pas, car au moins, avec eux, je savais. Les choses étaient claires entre nous. Tout comme ils savaient quand j’étais contente, et quand je ne l’étais pas.

Pour moi, une relation se créait non pas parce qu’elle était sans fluctuation et sans problème, mais parce qu’on pouvait être soi et malgré tout cohabiter.





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