Sponsoriser une université astrale… ou pas

Direction le bureau de l’administration de l’école pour leur faire part de ma décision prise quant à la mission qui m’avait été confiée ici.

L’être, qui me collait partout où j’allais, n’avait aucune idée de qui j’étais. Dans l’astral, mes énergies étaient constamment dissimulées, cela m’aidait à me fondre dans la masse et gérer tranquillement mes affaires sans être sollicitée. 

Cela faisait déjà plusieurs heures que j’étais dans la zone et les multiples manipulations magiques avaient fini par me souler. Je n’avais plus envie de faire des efforts, et je n’avais qu’une envie, mettre un terme à la mission et clore le sujet le plus rapidement possible.

En fonçant à travers des couloirs étroits, j’étirai un oeil vers l’arrière après avoir entendu l’autre derrière moi pester salement dans mes oreilles.

– Dire ça à un Régent, ce n’est vraiment pas intelligent. (je fis instantanément tomber le voile de dissimulation qui m’enveloppait.) Comme tu peux voir, …  Eh oui, je suis régente et ce qui tombe dans mes oreilles n’est vraiment pas plaisant.

– « ah ! . euh… tu …tu-tu es un ange Régent !… Tu es un Régent… oh…  Madame…Je-je…»

–  Dire que ces êtres ne valent rien à un Régent qui se déplace lui-même sur Site, c’est passer pour un con. Qui es-tu toi, pour dire ça ? Qui es-tu pour estimer que leur existence n’a aucune valeur? Tu crois que tu vaux mieux qu’eux peut-être ? En tant que régent, je ne vois pas les choses comme toi, et d’ailleurs, comme tu peux voir dans mes énergies, c’est moi qui évalue ici, pas toi. Garde-toi ton avis la prochaine fois, surtout face à un ange, et encore plus face à un régent.

– « Régent-Régent, je suis face à un Régent… mon dieu-mon dieu… je suis désolé…. je ne voulais pas… je ne pensais pas ce que j’ai dit !… » 

– Oh que si tu le pensais. Quand tu ne sais pas à qui tu t’adresses, ferme-la tout simplement. Cela t’évitera bien des déconvenues.

Le couloir tourna à gauche puis POUF ! Un être fait entièrement de lumière se retrouva nez à nez face à moi. L’être était de couleur dorée, avec des ailes, et des fleurs lévitaient autour de lui. Il portait un long vêtement à capuche. Au lieu de voir la forme d’un corps humain, à l’intérieur de la toge ouverte, tout n’était que lumière flamboyante. Je m’arrêtais in extremis face à cette magnifique forme angélique.

– Haniel ! C’est toi ! Tu tombes comme un cheveu sur la soupe, dis-donc !  Évidemment, je dis que je vais dans le bureau pour discuter de l’issue de la mission, et hop, comme par hasard, tu apparais ! Je suppose que c’est toi qui m’a demandé d’intervenir en mission ici. Bon tu veux venir avec moi dans l’bureau, c’est ça ? Allez hop ! On y va !

Je l’agrippai comme un bébé. Son aura se métamorphosa aussitôt dans le creux de mon bras. Ses énergies angéliques furent ainsi réduites à la taille d’un bébé. Pour autant, les énergies de Haniel fusèrent de partout. Son aura diffusait naturellement de belles énergies florales. C’était doux, de visions de fleurs m’envahissaient l’esprit. Si léger… si lumineux… Haniel était si douce comme ange…

– Haniel, tu es une énergie féminine hein ? Tes énergies sont trop mignonnes ! Tu es si douce ! Allez, je vais clôturer la corvée que tu m’as refilée ! J’en ai marre d’être ici. J’ai envie de partir. 

En finissant de longer le couloir, le paysage se transforma en un grande bureau universitaire, dans le même genre qu’on pouvait voir dans les téléfilms américains. La présence de Haniel se dissimula à nouveau. Je restai le bras replié avec elle, invisible collée à mon épaule.

On entra à trois dans la pièce, Haniel, moi-même, et l’être qui m’avait accueilli quelques heures auparavant dans la dimension.

– Je viens voir les Administrateurs et gestionnaires de cette « université ». Il est temps de mettre un terme à la mission. Je suis l’ange Régente convoqué pour faire le point sur votre situation et l’avenir de votre établissement. Merci de venir m’accueillir. 

Un homme assez costaud accourut vers moi. Il tendit sa main pour accueillir la mienne selon les uses et coutumes.

– Madame la Régente, c’est un honneur de vous accueillir ici, dit-il en baisant ma main en signe de salutation honorable.

– Hm, fis-je en hochant sommairement la tête.

Ah les protocoles… les fichus protocoles de salutations… Un autre homme derrière lui voulut aussi me saluer. Il passa par dessus l’épaule de l’autre homme. J’étirai le corps pour lui tendre également ma main. Se faisant, j’en oubliai que je tenais Haniel dans l’autre bras. Elle tomba lourdement au sol comme un vulgaire un sac à patate délaissé.

J’entendis un gros BOUM et me rétractai aussitôt en regardant en direction du sol, ses énergies toujours invisibles pour les autres. Une forme bébé me regarda surprise et un peu sonnée.

– Haniel !! Rooohhh accroche-toi aussi lààà !! J’vais pas tout faire à ta place quand même… sérieux ! (Sa forme juvénile  me tira sur le pantalon comme un gros bébé.) Tiens-toi quand t’es perchée !! Tu vois bien que je bouge dans tous les sens ! Roohhh c’est fou ça ! Bah grimpe maintenant si tu veux rester perchée dans mes bras !

– « Madame la Régente », dit l’autre homme qui attendait lui aussi de pouvoir me faire un baise-main. Il me sortit de la discussion improbable que j’avais toujours avec d’autres anges. « Je suis heureux de vous rencontrer. » fit-il plein sourire.

Je lui tendis le bras à contre coeur. Je n’étais jamais patiente pour ce genre de pratique que je considérais grossièrement comme « lèche-cul ». D’autres administrateurs se rapprochèrent et je me voyais mal  passer trois heures à dire bonjour. Que des blabla inutiles pour moi.

– Oui oui… merci-merci. Bon, on peut arrêter là avec les Formalités ? J’en ai assez. Pas besoin de plus. J’aimerai passer à autre chose et en finir avec cette université. Ca vous va si on arrête là  avec les protocoles ?

– « Bien sûr Madame la Régente », dit le premier homme, visiblement c’était lui qui était en charge. « Alors, que pensez-vous de notre école ? »

–  Aucun intérêt. Du coup, j’ai fait exploser vos 2 tours. Il vous reste 3 immeubles debout. Ce sont vos immeubles principaux. J’ai lancé aussi des allumages de feux un peu partout en plus pour voir comment vous alliez gérer. Franchement, j’étais pour tout faire péter.

Tous les visages présents se mortifièrent. Ils ne s’attendaient pas à un tel verdict.

– J’ai tellement connu le Chaos, vous savez.  Que votre site soit entièrement rasé ou à moitié, à la base, cela ne me fait ni chaud ni froid. Chaos ou pas chaos, c’était pareil. Vous n’aviez aucune structure fiable, en terme d’organisation zéro, aucune coordination dans la gestion des problématiques, à se demander comment vous faites pour avoir encore un site qui arrive à tourner. Comment vous faites pour éduquer les êtres dans des conditions pareilles ?
Regardez, quelques étincelles ici et là, et ça y est, tout le monde perd pieds. Incapable de résoudre ce maigre problème. 2 inondations massives dans vos bâtiments, l’affolement, la panique, la perdition…

Une femme administratrice s’offusqua.

– « Madame la Régente, comment pouvez-vous dire ça ?! Nous avons appliqué la théorie, nous avons appliqué les Règles, et les règles sont strictes ! Nous avons suivi ce qui est pourtant inscrit ! Nous avons appliqué tous les protocoles à cet effet !»

Je m’interrogeais sur son rôle au sein de ce Board, et son visage se transforma, il prit la même forme que celui du personnage de Bailey dans Grey’s Anatomy. La modulation intuitive avait été faite uniquement pour répondre à mes interrogations intérieures.

Elle avait donc le même rôle ici que dans la fiction, ou plus ou moins. Elle devait être la chef des « résidents » , ou équivalent, donc celle qui donnait le ton à l’enseignement plus concrètement.

– La théorie c’est bien, mais vous êtes passé à côté de l’essentiel : la pratique.

– « Comment ?… Mais nous avons appliqué ce qui était enseigné !! Nous avons tout fait… » 

– Vous étiez tellement dans les règles que vous n’avez pas vu la vision d’ensemble. La vision globale. Les règles sont importantes, certes, mais si vous ne regardez pas la vision d’ensemble sur un spectre plus large, vous passez à côté de l’essentiel. Oui, avec vos règles et en appliquant les lois, je vois que vous avez gagné un Cas en Court. C’est bien, certes. Mais, et tous les autres ? Vous pensez pouvoir les gagner ainsi ?… Vous avez eu de la chance pour ce cas, voilà tout.

– « On a travaillé dur ! On a appliqué les Règles et l’élève l’a gagné grâce aux lois applicables dans ce cas… Il a travaillé très dur et il l’a gagné… » feula-t-elle presque outrée.

– Hm. Oui, il l’a gagné, et c’est bien. Cela a fonctionné pour ce cas. Mais cela a ses limites. Voyez, vous étiez tellement enfermés dans les règles que moi, pendant mon petit tour, j’ai joué avec vous. Je voulais voir comment vous alliez gérer vos règles. Cela vous a-t-il aidé de les appliquer ? Non. Un établissement de Loi qui passe à côté de la vue d’ensemble est voué à l’échec. Le monde n’est pas régi par des règles écrites dans un bouquin. Vous croyez que moi j’applique toujours les règles en tant que Régente ?… Vous croyez que c’est comme ça que je peux faire mon travail et maintenir l’équilibre ? Il y a les Règles, et il y a la vie, il y a l’harmonie.

Les mâchoires des hommes se crispèrent tandis que celui de la femme se renfrogna. 

– « On fait pourtant avec ce qu’on a, Madame la Régente… On fait avec ce qu’on a appris… On essaie. On essaie avec tout ce qu’on a. On fait du mieux qu’on peut avec l’enseignement que nous avons nous-même reçu… Tous les livres qu’on a, tout ce qu’on offre aux élèves, c’est le mieux qu’on ait à disposition…»

– Ce n’est pas suffisant. La théorie c’est une chose, mais vous ne voyez que ça. J’attends mieux d’un enseignement de qualité. Il faut sortir la tête de vos bouquins et ouvrir les yeux sur le monde qui vous entoure.

Franchement, vous m’auriez dit dès le départ que vous étiez en difficulté pour l’apprentissage des élèves, j’aurais accepté de suite de vous sponsoriser. Mais comme vous avez fait les fiers en pensant que votre approche était la meilleure, je n’ai eu aucune retenue. Même avec 2 bâtiments en moins, cela ne changeait rien. La perte ne représentait rien sur la masse restante. Le niveau restait médiocre avec ou sans, vous comprenez ce que cela signifie ? En rasant près de la moitié du site, votre valeur restait la même, presque inexistante.  Cela revient à dire que ce qui a été rasé n’avait aucune plus-value. Le site entier valait aussi bien d’être rasé pour y placer autre chose à la place.

Une montée de stress envahit chacune des personnes présentes. Ils échangèrent entre eux des regards anxieux. Ils se voyaient déjà perdre tout ce qu’ils avaient essayé de construire au fil des longues et dures années de travail. Tout ce qu’ils avaient essayé de bâtir allait être réduit à néant.

– « Madame… Vous allez fermer ce lieu ?… Vous  allez vraiment tout raser ?… », demanda le gestionnaire principal attristé par cette lourde probabilité.

Tous me virent soupirer lourdement, sourcil relevé.

– J’allais. J’étais partie pour. Honnêtement, je me dirigeai vers les 3 autres bâtiments pour ça, pour tout faire péter. Et puis j’ai rencontré un de vos élèves sur ma route. Il pensait que je rencontrais des problèmes lors de mon vagabondage. Il pensait que quelqu’un me voulait du mal et que j’étais poursuivie. Il a alors voulu m’aider avec les moyens qu’il avait. Il m’a offert un couteau digne d’un vrai guérillero, ainsi qu’une grande croix en métal. Il m’a dit que la croix était pour que je garde la Foi, et pour que je trouve en moi la force et le courage de me défendre. Et l’arme, c’était pour que j’ai les moyens de me défendre contre ce qu’il croyait, me courait après. Il avait eu peur pour moi, et il avait peur pour lui aussi ! Mais il a tenu à m’aider sans savoir qui j’étais vraiment. Cela m’a touché. Alors j’ai changé d’avis.

Toutes les paires d’yeux s’écarquillèrent en entendant ces derniers mots. 

– « Vous…vous avez changé d’avis grâce à un de nos élèves ?… Un élève vous a fait changé d’avis ?»

– Oui. C’est lui qu’il faut remercier.

– « Pourquoi Madame? … comment ?… vous disiez que notre enseignement n’était pas à la hauteur…»

– Parce que même si votre établissement est naze, vous apprenez à vos élèves à aider. C’est cette volonté que vous transmettez à vos élèves qui m’a touchée. Vous voulez qu’ils aient les moyens d’aider leur prochain, même avec peu d’outils et de moyens. Malgré le peu qu’ils ont, vos élèves veulent vraiment aider et vous les encouragez dans cette voie.

Je fixai la femme qui ressemblait à Bailey, car visiblement, c’était elle qui prenait le plus à coeur la qualité de l’enseignement retransmise aux élèves.

– C’est cela que j’ai aimé. L’enseignement n’est certes pas au rendez-vous, mais vous nourrissez l’envie d’aider son prochain. Et ça, c’est précieux. C’est une valeur importante que vous transmettez à vos élèves, et ce, en dépit de toutes les difficultés que vous rencontrez. C’est une base sur laquelle je peux venir travailler. On peut évoluer à partir de là. On peut construire sur ça.

Ses yeux luisirent, émue par le revirement de situation et le compliment indirect que je lui offrais. Elle me trouvait dur, mais fut soulagée de voir qu’au moins, je reconnaissais un peu de leurs efforts à tous.

– J’accepte d’être votre Sponsor. En cadeau de lancement, je vous rebâtis une tour en guise de remplacement des deux que j’ai détruites. Cette université deviendra la meilleure dans sa catégorie. Ce sera un établissement qui forgera notre future élite, il sera numéro 1. Vos 3 autres bâtiments se caleront sur la ligne directive de la nouvelle Tour principale. Tous reconnaitront le travail et l’enseignement offert par votre établissement. Ce sera à vous de mettre un point d’honneur sur votre capacité à appliquer et adapter les Règles selon une vision de large spectre. Tous vos élèves devront être capables de sortir du cadre pour s’adapter à chaque situation de la vie. C’est ce niveau d’adaptabilité qui sera votre Excellence.

Mes bras s’ouvrirent en grand, mes pieds décollèrent du sol, et le corps droit comme un piquet,  je traversais tous les murs jusqu’à m’élever haut dans le ciel. En deux temps trois mouvements, je m’étais placée face au site chaotique où se trouvait avant les deux tours.

En plongeant en moi pour libérer les forces nécessaires à la modulation du monde, les tonnes de béton éclaté disparurent au profit d’un nouveau terrain vague lumineux, rempli de verdure et en son centre, un nouveau bâtiment poussa comme un champignon à une vitesse de 2 étages par seconde.
Lorsqu’il atteigna une vingtaine d’étages, je le bombardai de flux pour élever les énergies à un certain niveau de pureté.

Différentes plaques d’enseignes reliées au monde humain apparurent enfin sur la façade. Satisfaite par la nouvelle implantation, je m’adressai par télépathie à l’ensemble des gestionnaires.

– Vous avez maintenant les moyens d’offrir le meilleur aux élèves. Je resterai le sponsor à distance et gage de qualité. Enseignez vos Lois, enseignez les Règles, mais rappelez toujours à vos élèves la leçon d’aujourd’hui. Les règles sont applicables à la Vie qui gravite autour. Sans la prendre en considération, votre aide ne sera qu’une coquille vide.

Mes yeux se fermèrent ensuite et mon corps disparut haut dans les cieux. Cette mission était dossier classé. 



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

quatre × quatre =

error: Content is protected !!