Sentir la mort approcher

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Je repris ma lucidité au milieu du salon de chez ma mère,  en voyant mon grand-père passer devant moi et chercher la compagnie d’autres membres présents en cette réunion familiale annuelle.

Mon grand-père et moi nous retrouvions de temps à autre dans l’astral depuis plus d’un an. Et à chaque fois qu’il me voyait, il savait.

Tic-tac. Tu vas mourir. Je suis là pour ta mort. Le passage est latent. Je le sens qui rôde et qui résonne dans l’ombre. Il arrive. La porte arrive. L’heure est proche. Et je suis là. Je suis là, parce que cette porte annonce sa présence et m’invoque avec elle.

Je ne sais plus si c’est la porte qui me porte, ou moi qui porte la porte. Mais ses yeux savaient. Ce sursaut de désespoir, de fatalité et d’impuissance à la seconde même où ils croisaient les miens, ceux qui disaient “si tu es là, c’est que je suis en train de mourir”, et les miens qui répondaient en silence un simple “oui.”

Oui, à chaque fois, je lui rappelais qu’il était bientôt l’heure et que j’assurerai un soutien pendant tout le processus du passage de l’âme. Et il l’avait accepté. Il me sollicitait même quelques fois quand il avait besoin d’aide pour finir ce dont il avait besoin avant de pouvoir mourir.

Je le vis tituber devant moi, peiner et aller se mettre au lit, avec ma mère qui restait tant bien que mal à son chevet, et qui avait le don de l’agacer.

Alors que je tentais malgré tout de profiter ce qui apparaissait comme étant la dernière réunion de famille, je tiquai subitement. Je perçus une douleur soudaine en moi, un violent pic portant son nom, avec un pincement au cœur qui me remplit d’une angoisse mortelle. C’était peut être l’heure ?… peut être le passage s’amorçait-il ?…

J’accourus en trombe dans sa chambre et soupirai en le voyant baragouiner des mots, le regard en solitaire. Il râlait toujours, c’était qu’il était bel et bien vivant, donc je n’avais pas à agir encore. Pas pour le moment. “I will die, but not yet. Not Yet.” comme citait  le film Gladiator.

Je ne dis rien et m’avançai dans la pièce. Il voulait que ma mère s’en aille. Du coup de tête, je fis un signe gentiment à ma mère, sachant très bien que mon grand-père accepterait davantage ma présence plutôt que la sienne, surtout aux vues des circonstances de notre relation astrale.

– Maman… vaut mieux que tu nous laisses, lui dis-je en la voyant peinée de ne pas être considérée avec amour pour sa dévotion.

Tandis que mon grand-père finissait de pester et que ma mère sortit de la chambre blessée par son caractère toujours aussi infect avec elle et qui ne changeait pas même au bord du précipice, je pris une chaise et m’assis en silence à son chevet.

-“… hum… c’est toi… tu-tu… tu es là… tu es venue me voir…”, me dit-il timidement sans rejeter ma présence.

On aurait dit même qu’il m’attendait. Peut-être voulait-il parler de choses que seuls lui et moi pouvions parler.

– Oui Pépère. Bien sûr que je viens pour toi. Je t’avais prévenu quand je suis venue te voir la 1ère fois dans l’astral. Je t’avais dit que j’étais medium, et que je me chargerai de te faire passer le moment venu. Et on y est. On y arrive. Attends, ça fait quand même plus d’un an que toi et moi on a commencé de se voir régulièrement dans l’astral pour amorcer ton passage et finir tes préparatifs, tu n’as pas oublié ça quand même ?… Enfin vas-y, gueule si ça te chante. Mais moi, de toutes manières, je ne bouge pas d’un poil.

Il soupira d’un souffle court, puis resta silencieux un long moment. De longues minutes passèrent dans sa chambre aux volets fermés, lui dans son lit, et moi, là. Juste là. Avec lui. Attendant qu’il soit prêt et que l’Anubis en moi prenne le relais et ouvre la voie.

Puis d’une petite voix, il tourna son visage et me regarda, apeuré, la voix tremblotante.

– “… Hum… dis… comment… toi qui sais ce qu’il y a derrière… Qu’est ce que je devrai faire, j’veux dire, quand ça arrivera ? Quand je mourrai ?… est ce que je dois faire quelque chose ?…”

Ça me toucha. Je le regardai impassible malgré tout. Mon rôle était mon rôle. Je ne pouvais pas empêcher ce qui allait se passer, tout comme je ne reviendrai pas sur mon engagement. Je m’occuperai des membres de la famille dans l’astral s’ils le désiraient.

– Tu vas voir un bout de ton fil apparaitre. Il te suffira de le suivre, de te diriger vers lui et faire comme si tu voulais l’attraper. Tu vois, si tu as du mal à avancer il faudra l’imaginer devant toi et marcher vers lui. Tout simplement.

– “… mais-mais et si je n’y arrive pas et que je vois rien, qu’il n’y a pas de fil ?…”, demanda-t-il angoissé.

C’est pour ça que je suis là…. Si tu ne le vois pas, ce n’est pas grave, moi je suis là. Je serai là pour te faire passer. Je m’occuperai de toi et m’assurerai que tout aille bien pour toi, du début à la fin.

Il prit un regard avide, perdu dans le néant.

– “hum”, dit-il en grelottant tout en se cramponnant au bord de sa couverture les yeux roulés vers le ciel dans ma direction.

– Pépère, ça va aller, lui lançai-je d’une voix solennelle en avançant mes coudes sur mes genoux. Tout ira bien. Je jure, je ne t’abandonnerai pas. Je ne te laisserai pas confronter la mort seul… Quand ça arrivera, quand tu mourras et que tu sortiras de ton corps, je t’attendrai de l’autre côté. Je ne te laisserai pas te perdre non plus. Je ne le permettrai pas. Même si tu ne vois rien, je viendrai à toi. Je te prendrai même la main, s’il faut, comme j’ai fait avec tonton, alors tu comprendras que tu n’es pas seul, et tu verras un visage familier, tu me reconnaitras. Aie confiance. Je t’accompagnerai jusqu’au bout. Je ne te lâcherai pas. Je ne te quitterai que lorsque je serai certaine que tu sois pris en charge et entre de bonnes mains, pas avant.

Quelques battements de cils après, je rouvris les yeux dans ma chambre. Ma gorge se noua et une larme coula.

Bientôt… 

When it is time.

2 Comments

  1. alexandre

    Bonjour Camille,

    Suis désolé pour ton grand père .Je sais la douleur que l on éprouve quand on perd un être cher. Je souhaite que tu puisses trouver la paix en l accompagnant de l autres côté. Les êtres sont toujours présents avec ceux qui les aiment…La coïncidence dans ton article c que j ai vu a la télé gladiator hier soir c  mon film préféré. Cette phrase du héros  je me la suis répétée tous les jours avant de trouver chipie. Bref, je souhaite que ta tristesse s apaise en ce triste jour bises

    1. Spiritual Flower

      Coucou Alexandre,

      Je ne pleure pas parce que je suis triste pour lui, mes yeux se sont emus parce que j’ai perçu sa peur et sa perdition. Et ca m’a touchée et c est ressorti plus fragile en me reveillant avec la reverberation des émotions.

      Après oui je l’aime. Mais c est la vie. Je ne retiens pas les morts, au contraire même… je suis plus du genre à leur mettre un coup de pied au fesses en leur disant “bon ca y est ?! Tu te decides oui que je puisse refermer la porte et faire autre chose ?”

      Tu vois… certains peuvent trouver ça horrible de penser ça, moi non mais c est mon caractère très expéditive et impulsive. Après cela n’empèche pas qu’on aime les gens.

      Bises

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