The Beauty and the Beast

J’avais passé la dernière heure à tenter d’échapper à l’emprise de la marque du Démon que je portais toujours sur mon front. 

L’entité avait tenté de me refaire basculer dans les énergies sombres en créant tout un tas de situations de stress plus ou moins violentes. En effet, il savait que la colère était chez moi un levier de violence extrême et qu’ainsi, je pouvais plonger dans le sombre et faire remonter en moi d’anciennes vies antérieures dans lesquelles j’aimais infliger souffrance et chaos. 

La lutte était dure. La puissance de la marque me poussait sans cesse au bord de mes limites et à chaque fois, je m’en sortais in extremis, juste avant ma bascule intérieure. Je savais quand je tournais au vinaigre. Je savais quand je me sentais désirer la destruction, voilà mon avantage non négligeable. Connaitre ses limites, connaître son choix et tout faire pour s’y tenir. 

User des énergies du chaos ne serait pas sur sa décision, mais sur la mienne, uniquement parce que je le décidai et non parce qu’un Démon voulait me rappeler combien je pouvais évoluer dans le sombre et que la lumière n’était pas pour moi. Qu’il aille se faire foutre. 

Choisir n’était pas seulement un mot à dire, ce n’était pas seulement exprimer “je choisis ci ou ça”, mais avoir la force d’aller dans la direction voulu quand tout dans une situation poussait au contraire. 
Faire un choix voulait dire savoir s’y tenir coûte que coûte. Et j’avais choisi de ne plus sombrer et d’être dans la lumière. 

Chercher à me fatiguer psychologiquement était une bonne stratégie car il existait un risque de céder plus facilement. Dans l’absolu, c’était intelligent, mais quand je décidai fermement quelque chose, je ne comptais pas céder.
La session d’enchaînements de situations merdiques se clôt sur un coup de gueule brutal combiné à un appel à ma Foi.

Le Démon m’entendit hurler un beau “Mais putain, je t’ai dit que je ne céderai pas ! VA TE FAIRE FOUTRE PUTAIN !”, suivi d’un doigt d’honneur quand sa marque apparut au loin sur un mur. Il avait voulu me rappeler que c’était lui qui me faisait chié, alors j’ai voulu lui rappeler combien il me faisait chié. La zone de manipulation mentale dans laquelle il m’avait embarqué ressemblait à une zone de guerre avec des entités, des morts, du chaos, des ruines, des attaques à mon encontre qui fusaient, du sang qui giclait, mais s’il pensait que cela me sortait de l’ordinaire…. c’était une dimension comme une autre, à l’exception qu’il n’avait pas à dicter mes actes. Même dedans, j’avais et j’aurai toujours le pouvoir du choix. 

Ce con m’éprouvait, certes, je lui accordai au moins cela. Je grognais contre lui et luttai intérieurement comme une lionne en pétard. Mais même une lionne vulgaire en pétard pouvait être digne. 

La dimension de lutte s’ébranla quand j’invoquai la Lumière et la fit irradier dans mes mondes. Ma foi, mes mondes, mes lois. 

Un homme apparut à mes côtés. Il me vit essoufflée comme un bœuf mais l’esprit vif et agitée comme pas possible. Ce con de démon me faisait vraiment chié et cela me coûtait de déjouer ses tours de passe-passe. 

Techniquement, je ne voyais que 2 entités capables de m’aider, et j’en fis part à l’homme qui m’écoutait vider mon sac et qui alimentait mes grognements avec quelques tacles et pics pertinents. 

“N’y a-t-il que lui qui peut t’aider ? Qui d’autre aussi peut le faire ?” Dit-il sur un ton dur. 
– ?… hm… 

Curieux comme question… pourquoi me la poserait-il ainsi ? Était-je passée à côté de quelque chose ?… Je l’observai un instant, puis d’un coup, reconnus qui se cachait derrière cette enveloppe charnelle. 

– hm…my Lover, répondis-je avec une voix de bébé, puis tendis mes bras vers lui. 

Son air strict s’adoucit radicalement. Il ouvrit ses bras pour accueillir le paquet qui tombait sur lui. 

“En effet ma Chérie, je peux aussi t’aider. Pourquoi ne m’as-tu pas demandé de te venir en aide ?” ajouta-t-il une fois que je m’étais installée sur lui à califourchon. 
– …Parce que je ne voulais pas le Démon t’atteigne et puisse te faire du mal… 

Mon visage piqua du nez. Il sourit amoureusement. Il émit une onde chaude et bienveillante qui disait que je n’avais pas à m’inquiéter, qu’il savait ce qu’il faisait et que s’il m’aidait, c’était parce qu’il pouvait gérer les flux du démon. Il passa une main derrière ma nuque et délicatement, rapprocha son visage au mein. 

“Ma Chérie… viens là, laisse-moi t’aider. ça va aller, shhh…” 

Tendrement, il déposa ses lèvres sur mon front. Par effet de suçon, il se mit à siphoner tout le sombre qui se trouvait là, dont la marque apposée par le Démon. Sans difficulté, sans heurt, ce qui était si pénible pour moi, semblait être pour lui qu’une vulgaire tâche banale à effectuer. 

Je me rappelai de la dernière fois où j’avais vu mon dragon bouffer des entités démoniaques comme s’ils n’étaient qu’une vulgaire part de gâteau. C’était comme voir un goinfre de taper des apéricubes. Ce qui rentrait en lui ne ressortait jamais. C’était dissout et transmuté en énergie brute et  directe. 

De quoi craignais-je avec un tel protecteur à mes côtés ?… Parfois j’oubliais combien il était une entité redoutable. Il ne me le montrait rarement parce que pour lui, il voulait simplement que je me sente aimée, enveloppée et en sécurité. Il était toujours là pour me rappeler combien il prenait soin de moi et ce, en toute circonstance. 

Je me réveillai pendant le processus d’aspiration. Même durant ce moment, je m’étais sentie si précieuse dans ses bras. C’était doux et chaud, comme son amour pour moi. Quand je rouvris les yeux dans la chambre, il faisait encore nuit. En moi régnait une paix profonde et un calme que je n’avais pas sentis depuis longtemps. J’étais bien. Juste bien. Légère, souriante, et apaisée. 
Je ne sentais plus de colère ou d’agressivité, plus de force génératrice de guerre. 

Avait-il siphonné toute la marque ou juste les effets ? Je ne saurai dire. Mais cette sensation de paix était nouvelle pour moi. 
Même ma profonde colère que je sentais depuis des mois voire des années semblait calme, comme si maintenant, elle allait bien parce qu’on lui avait retiré un poids. 

Quelque part en moi, j’étais enfin bien. Je le sentais et j’étais heureuse. 
Pour le moment, c’était tout ce qui m’importait. 

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