Le travail n’attend pas

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Bonjour à tous,

Lorsque j’ai décidé de bouder mes guides sérieusement, j’ai voulu voir s’ils allaient m’écouter et agir en ce sens. J’ai alors demandé à fermer la porte des rêves pendant 15 jours. Je voulais avoir une pause, une vraie, des vacances, des vrais putains de vacances sans avoir à me coltiner les problèmes du monde et de tout ceux qui m’approchaient en sortie astrale. Parce que soyons honnêtes, je n’ai pas l’âme de Gandhi ni la compassion de Amma. Et puis qui étais-je pour être autant sollicitée de l’autre côté ? Avec plus de 7 milliards d’individus incarnés, j’étais certaine qu’il allait pouvoir compenser 15 jours, l’absence de mes râleries, coups à la volée et trouver un remplaçant pour toutes les missions à la noix sur des planètes toutes aussi farfelues les unes que les autres. Quoi ? Toute équipe digne de ce nom avait des remplaçants, alors pourquoi pas moi ? J’avais une équipe et pas mal de guides autour. L’un deux n’avait qu’à diriger la baraque pendant ma retraite humaine.

Me voilà donc décidée. La dernière gueulante astrale m’avait rendue dingue, surtout quand mes guides se mirent à 4 pour m’empêcher de fermer la porte. Cette fichue porte. J’admettais avoir déjà gueulé dans l’astral, mais ce jour là, j’avais atteint un tel niveau de colère, qu’un gardien prit le relais, modula le décor d’une pièce, et après ma rafle qui rasa tout le mobilier présent tout en lui hurlant le pourquoi du comment, il fit apparaitre des esprits animaux. Je les reconnus aussitôt et cela me figea instantanément.  Je savais bien qu’il avait agi pour moi, pour arriver à me calmer parce que la présence seule de mes guides ne suffisait plus. Les essences portaient en eux une marque énergétique si élevée qu’elle me décomposa sur place. Celui qui les avaient permit de venir, était bien placé dans la hiérarchie angélique et tandis que je soupçonnais fortement Kenku d’être à l’origine de ce cadeau, cela ne m’empêcha pas de tiquer sur le caractère manipulable de toute cette situation. Une fois de plus, plutôt que de m’expliquer les choses, mes guides se terraient dans le silence et appuyaient sur mes cordes sensibles selon leurs décisions. Quand j’allais trop loin, il faisait sonner telle corde, et quand je m’obstinais, une autre. Même avec cette rencontre qui m’était offerte sur un plateau d’argent, je me sentais comme un pantin, soumise à ce qui m’était présentée.

Et dire qu’à la base, ma colère était un trop-plein que je peinais à gérer dans ma relation avec mon âme soeur… J’en bavais vraiment. Tout était très dur à gérer, j’avais des tonnes d’actions à traiter, des sujets à clore par dizaines et tout aussi denses les uns que les autres. Au milieu de toutes mes actions à mener, je casais celles pour tenter de m’aider ou me soulager de la pression. Et toutes se soldaient par des échecs.

Je ne manquais pas pourtant de demander de l’aide, de mettre les formes et l’art adéquate dedans, d’user de magie ou d’appel clair et ciblé. Mais cela n’aboutissait pas. Je me sentais toujours autant seule à gérer. Non pas que mon âme soeur n’en avait pas, loin de là. Lui aussi avait un paquet de sujets à traiter. Nous étions tous les deux pressés comme des citrons, à la différence que lui n’était pas une patate chaude constamment sur le point d’imploser. En tout cas, il ne me semblait pas l’être. Tout paraissait normal et structuré pour lui. De mon point de vue, c’était le jour et la nuit. Peut-être n’était-il pas angoissé comme moi je l’étais. Peut-être qu’il n’était pas aussi émotif que moi et que lui avait confiance que tout irait bien alors que moi j’avais la sensation d’être sur une terre en fusion.

Un jour, je voudrai entendre son histoire, comment il aura vécu toute cette période de pré-retrouvaille, parce que lui aussi devait en voir des vertes et des pas mûres, mais en attendant, je voulais des vacances. J’avais le droit à des vacances. J’avais le droit de dire non et de faire la grève. J’avais le droit d’être un gilet jaune astral.

Prendre du recul et penser à ma vie humaine, prendre soin de moi et de mon mental. Quand tout devenait trop lourd, prendre un peu de distance aidait à relativiser. Après tout, je ne demandais pas à rompre le contact, et vu que ma tentative de fermeture était clairement non-envisageable pour mes guides, je devais mettre en place une alternative. 15 jours et nuits de vacances, sans guidance, sans rêve, sans rien, que dalle… franchement, ça faisait envie…

Je fis donc la demande pour une prise en charge astrale. Oui, j’exigeais un bel univers accueillant pour ma retraite. La nuit qui suivie, black out. Aucun souvenirs, rien ! Nada ! Oh… ça sonnait bon tout ça !

La deuxième, je ne me souvenais vaguement de 10 secondes pas plus et le monde était joli et agréable, chose rare. La classe à Dallas ! J’étais vraiment bien partie ! Énergétiquement, j’étais assise sur un banc en haut d’une colline avec un temps magnifique et des petits oiseaux en guise de compagnie. Franchement ça m’allait très bien. Puis tout tourna au vinaigre en couchant. En vérifiant que ma prise en charge n’avait pas changé, je me revis sur ce banc, mais une entité arriva. Cela ne faisait que deux jours pourtant. Au diable la varice. Il me restait 13 jours de vacances. Elle fut gentiment renvoyée. Hors de question de céder.

Arriva alors la 3ème nuit, celle qui me fit prendre conscience qu’en fait, pour moi, le travail n’attendait pas.

Je repris le contrôle de ma lucidité au moment où je compris que mon objectif principal concernant ma venue sur cette planète, avait été atteint. J’étais en bordure de ce qui m’avait tout l’air d’une campagne. Un coup d’œil à droite puis à gauche, puis après avoir sondé mes énergies pour double vérification, tout était formel : je pouvais décoller, mon vaisseau trainant non loin en orbite.

Je lançai l’impulsion de vol, quand, tout à coup, une voix hurla au loin.

-Camille !!! Camille, NON !!! Camiiiille !!! Ne pars pas !!! Pitié !!! Pitiiiéé !!

Sur une simple pensée, je coupai aussitôt l’élan et me reposai au sol. Sourcil levé, je soupirai un grand coup. J’y étais presque pourtant. Je m’étais presque barrée d’ici sans avoir à gérer un lot de problèmes supplémentaires gratuit.

-J’arrive !! Attends-moi s’il te plait !! Attends-moi !! On a besoin de toi, aide-nous, ne pars pas, pitié !! Je t’en prie Camille !! Ne pars pas !

-hm-hm, grognai-je vaguement en guise de réponse.

Au loin, le bruit de galops s’amorça. Un cheval apparut et avec, la marque d’un esprit logé à l’intérieur. Il arriva à mon niveau, essoufflé comme un boeuf.  Il secoua la tête, et prit un ton affolé en s’adressant à moi directement en télépathie.

-Camille, Camille, je t’en prie, aide-nous, s’il te plait ! On est enfermé ! On a besoin de toi !

-Hm. OK, acquiesçai-je blasée. C’est quoi la situation ?

– Je ne suis pas tout seul ! Ils nous enferment dans des prisons, moi et les autres, et nous battent et nous maltraitent, ils nous empêchent de partir, libère-nous, s’il te plait !

Ah… des esprits à libérer… cela faisait longtemps, pensai-je d’un ton sarcastique. Ok, c’est d’accord. Guide-moi au reste. Amène-moi sur les lieux, je vais vous trouver et tous vous sortir de là.

Le cheval pivota sans attendre. Mon pied décolla, et mon corps partit en vol, volant au rythme de son galop tout en me synchronisant sur ce qu’il m’envoyait en visions.

Rapidement le décor se transforma comme par magie, et bien vite, je pénétrai une loge sombre et sinueuse. Je n’appréciais guère ce genre d’ambiance. Ralentie et stressée, ce lieu avait des voies étriquées, et les chemins que je parcourais ressemblaient de plus en plus à des conduits de canalisations qui n’en finissaient plus… un peu comme un labyrinthe. Non seulement, on n’y voyait rien, mais en plus, j’avais l’horrible sensation de perdre mon temps.

Passer inaperçue ne rentrait pas dans mes cordes, surtout lorsque mon degré de patience avait largement débordé. J’optai donc pour une bonne vieille confrontation à l’ancienne. En face à face, sans passer par la case départ. Ainsi, plutôt que de rentrer discrètement sur les terres en question et de me faufiler jusque le lieu où étaient enfermées les essences, j’optai pour informer tout le clan présent de ma présence. Je sortis de la pièce sombre par le haut en traversant outrageusement toutes les barrières dimensionnelles, mon intention étant de traverser les murs et me retrouver enfin dehors, à l’air libre.

-J’appelle les maitres et dirigeants des lieux, je m’annonce dans la zone et je préviens votre clan. Je piétine salement votre territoire car j’ai des choses à traiter ici. Répondez à l’appel !… Je vous préviens, je ne suis pas très patiente. Si personne ne vient m’accueillir, je ne vous garantirai pas que j’arriverai à me contrôler.

Sortir de la pénombre fit redescendre d’un cran ma pression interne. Le ciel était beau comme au cours d’une belle journée ensoleillée, l’air léger, et l’environnement ressemblait vaguement à un haras campagnard. A peine eus-je le pieds posé au sol qu’une troupe armée sortit de la bâtisse principale située à une centaine de mètre en face de moi. Tous paraissaient tomber des nues.

Ceux qui eurent le cran de s’avancer, étaient ceux que je venais de convoquer, les maitres, dirigeants ou conseillers au sens large, en charge du clan. Ils furent outrés, choqués, et clairement ne savaient pas comment gérer ma venue en ce lieu. Au vue de leur méfiance, je savais qu’ils avaient eu vent de mon lourd passif plutôt chaotique et impulsif. Je ne faisais pas dans la dentelle, et en même temps, on ne m’appelait jamais pour ça…

L’un d’eux était une femme. Elle avait un attrait plutôt noble et me fit penser à un sage. Peut-être était-ce elle la dirigeante du lieu. Elle s’avançait l’air fière malgré la peur et la gêne dessinées sur son visage. Elle, accompagnée d’un petit attroupement armé qui s’empressèrent de venir à ma rencontre.

-Pour qui elle… ?!!! s’exclama-t-elle.

Mon air s’assombrit immédiatement par automatisme de guerre. Arriver hostile muni d’armes et pénétrer mon périmètre de défense n’était jamais bon.

-Attends ! Laisse-moi traiter avec elle, l’interpella sur le champs un chef de guerre qui se plaça devant elle et l’obligea à rompre sa lancée. C’est moi le dirigeant du clan maintenant, c’est à moi de traiter avec elle ! Tu n’as pas à intervenir !

-Mais elle… !!!

Il l’interrompit à nouveau.

-Tu n’as pas à traiter ce genre de problèmes, c’est moi à qui revient la gestion du clan. Tu n’es plus dirigeante, c’est à moi que revient cette tâche maintenant ! Ramenez-la et placez-la avec les autres en retrait. Reculez tous et laissez-moi gérer ça. Reculez ! ordonna-t-il à la petite troupe qui s’agglutinait à ses côtés.

Il avait dégagé la femme qui pour moi semblait instable et inapte en terme de négociation. Je m’étais annoncée et je n’avais pas d’armes. Par contre, le clan, lui, se cessait de s’armer davantage. A chaque seconde qui s’écoulait les soldats se renflouaient par dizaines en flux continu, lance à la main et épée au harnais.  J’admettais que je n’étais pas arrivée de mains mortes, mais je n’étais pas armée, et j’étais seule.

Je tiquai et regardai l’homme qui se tint devant moi.

– Je viens seule, et toi, tu fais appel à une armée entière ? Non mais regarde-moi ça… Tous ces soldats, juste pour une personne ?… Juste pour moi ?… C’est pas croyable, ça… Seule contre une armée…

Son regard ne sut plus quoi faire.

-Peu importe le nombre de soldats que tu as, tes hommes ne doivent pas m’attaquer, tu comprends ? Je ne me maitriserai pas. Quoi qu’il se passe, ils ne doivent pas lancer de première attaque, ils ne doivent pas lancer le premier geste.

Ils déboulèrent toujours plus nombreux. Plusieurs centaines s’agglutinèrent les uns après les autres en me fixant, en tentant de s’approcher toujours plus, espérant m’encercler et me mettre en joue avec leurs lances. Les derniers arrivants firent un pas de trop, se sentant forts fraichement sortis de nulle part.

-N’avancez pas ! leur ordonnai-je en leur faisant signe de la main. Ne pénétrez pas ma zone de combat ! Ecartez-vous !…. Vous, là-bas, reculez, c’est un ordre, reculez !

Surpris par une vision télépathique et mes intentions clairement visibles, une vingtaine de soldats s’exécutèrent et se forcèrent au retrait malgré eux. Ils venaient de pénétrer ma zone de combat et quelques pas de plus signifiait qu’ils entraient en terrain miné où tout pouvait péter à tout moment. Je me retournai sur le chef.

– Tu sais, je ne souhaite pas me battre, mais s’ils s’obstinent et pénètrent ma zone de sécurité, je ne me contrôlerai pas. Tu les perdras tous. Et tu n’auras plus rien à diriger. Plus de maisons, plus de clan. Ici, il ne restera plus rien.

Il leva la main en signe d’arrêt et fit un léger coup de tête aux soldats pour les rassurer.

-Restez à distance, c’est clair ?, ajoutai-je aux soldats encore hésitants. Je n’hésiterai pas si vous vous approchez trop ! Reculez et allez là-bas ! hurlai-je en leur pointant la zone de replis où les autres s’étaient entassés.

Au final, cela nous offrit une bonne trentaine de mètre d’espace libre, soit un espace suffisant pour ne pas me sentir malgré moi en mode d’agression. Ce périmètre était perçu comme contraignant pour les autres, mais pour moi, cela pouvait éviter une guerre et les dépenses énergétiques qui allaient de paire, sans compter les humeurs fulminantes et cela valait tout l’or du monde. Car vraiment, je n’avais pas envie d’être là, et encore moins envie de me battre. Les soldats se plièrent aux contraintes et les tensions se stabilisèrent sur une pression sensible et presque palpable dans l’air.

-Bon, reprit le chef, Que viens-tu faire ici ?… Pourrais-tu m’expliquer la raison de ta présence sur nos terres ?

-Hmm… Figure-toi que j’étais sur le point de quitter cette planète quand j’ai été interpellée in extremis. A la base, je voulais vraiment partir tu sais, j’te jure, je n’avais aucune envie de rester ici, mais on m’a appelée et on m’a fait part d’une bien drôle histoire. Il y aurait des esprits enfermés et torturés sur ton territoire. C’est drôle ce qui est tombé dans mes oreilles, tu ne trouves pas ?

L’homme, surpris, plissa les yeux.

-De quoi parles-tu  ?

-Tu n’es pas au courant ?

-Non.

-Rappelle-moi, c’est bien toi qui gère le clan ?

-C’est moi, en effet.

-Tu es sûr ?… Parce qu’il se passe des choses non acceptables sur ton territoire. Tu vois cette âme là-bas, fis-je en pointant d’un coup de tête le cheval placé en retrait loin derrière moi, c’est elle qui m’a sollicitée, et qui est sous ma protection maintenant, c’est elle qui m’a raconté cette drôle d’histoire, des esprits emprisonnés ici et torturés pour le plaisir de certains.

-Je ne suis pas au courant de tout ça, je te le jure…  (il se retourna vers ses proches conseillers et anciens membres dirigeants debout sous le porche de la bâtisse principale). De quoi s’agit-il ? Qui est au courant de ça ? demanda-t-il d’une voix qui interpella tous les êtres présents.

Tous prirent un air éberlué et stupéfait en entendant les faits. Ils répondirent tous par des interrogations et des airs ignorants. Il me fit à nouveau face.

-Personne ici n’est au courant de ce qu’il se passe.

-Et pourtant. Il y a bien des esprits enfermés ici. Chez toi. Sur ton territoire. Au sein de ton clan. Tu es sûr qu’il ne se passerait pas de choses malsaines qui concerneraient certains de tes membres ?… Et dont par exemple, tu ne serais pas au courant ?…

– Je… je n’ai rien entendu de tel, personne n’a de raisons d’agir ainsi.. Ce n’est pas dans l’éthique de notre clan de…

-Hm-hm… bah oui… bien sûr… C’est évident… personne n’est au courant de rien… des esprits torturées sous ton toit et personne n’est au courant de rien et n’a rien vu… Tu es le chef et tu ne sais même pas ce qu’il se passe sur ton territoire… Qu’est ce que tu diriges si t’es au courant de rien ?… Alors voilà ce qu’on va faire. Tu es le chef ? Bien. Je vais te laisser agir en tant que tel. Tu vas trouver ces essences et tu vas les libérer. Tu vas gérer ce problème. C’est ton territoire, tes membres, ton problème. C’est clair ? Tu t’en occupes personnellement et tu mènes les interrogatoires. Tu résous le mystère, mais vite. Cela ne peut plus durer. Cette pratique doit cesser, ces esprits doivent retrouver la liberté. Et je ne partirai pas tant qu’elles ne seront pas libres. Donc plus vite tu les trouves, et plus vite toi et ton clan serez débarrassés de ma présence ici et pourrez retourner à votre train-train quotidien.

Sa mâchoire se crispa. Il était vexé, mais ce n’était pas mon problème. Soit il s’en occupait, soit je gérais les choses à ma manière. Mais vu ce qu’il savait de moi, il devait comprendre que c’était malgré tout une bonne issue pour lui et les siens. Je comprenais et respectais les obligations et responsabilités d’un chef de clan. S’il était vraiment celui qu’il disait être, alors c’était à lui de gérer le dossier et d’asseoir son autorité sur les siens. Dans l’astral, les rangs, l’autorité et les responsabilités allaient de paires. On ne pouvait se dire dirigeant d’un clan sans en assumer les actions et conséquences des membres. Soit il agissait en tant que tel et mettait en lumière une pratique inacceptable au sein de sa tribu, soit je faisais ce pour quoi on avait sollicité mes services.

 

Plus tard, lorsque j’ouvris les yeux à nouveau dans ma chambre, je relativisais. Après tout, 2 jours de vacances, c’était déjà bien…

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