Quand le doute refroidit

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Je percute que je suis lucide lorsque j’atterris dans un univers assez bétonné et futuriste, disons plutôt au style linéaire et épurée, les rues plus larges et pas de voitures, pas d’espace vert par ici. Quelqu’un m’accompagnait dans cet univers et sans comprendre comment ni pourquoi, c’est en regardant la sculpture de la place centrale que j’avais réalisé que ce monde était vraiment particulier.

Ce bidule ressemblait à un pic énergétique en métal, avec un air un peu alien vaisseau futuriste. Oui, je sais, ça reste vague comme concept ! Mais je ne sais pas mieux le décrire. Bref.

Je décidais de comprendre ce qu’il se passait, et enclencha la conversation. Ce pseudo guide s’amusa de ma réaction et m’invita à le suivre sans donner plus d’explication  sur cet univers ou sur cette sculpture vraiment chelou.

-“Tiens viens… Va, par là”, qu’il me dit soudainement.

Comme d’habitude, les changements de décors se faisaient en l’espace de quelques pas seulement. Je me retrouvais vite à traverser des pièces bizarres comme si je pénétrais une salle de cinéma et que les personnages du film venaient me courir après. Ca me mit un grand coup de stress et je ressortis en trombe. Arrivée à son niveau, il était accolé à la rambarde d’un balcon donnant sur une piscine plus bas, et tout bêtement, il proposa de me jeter à l’eau.

– ” Et si tu sautais ? Ca pourrait t’aider non ? Ce n’est pas comme si tu ne le faisais jamais. Vas-y, saute.”

Je l’écoutais, sourcils froncés, en me penchant pour analyser ce qu’il me proposait de faire. Certes, parfois, j’aimais sauter de très haut dans les piscines, mais c’était avant tout pour m’évader, pas pour autre chose.

– Et si je n’ai pas envie ?

– “Mais si je te l’dis ?…Saute.”

– Bah non, répondit-je d’un air saoulé. Là, tu vois, je n’en ai pas envie, et je n’en ressens pas le besoin. Alors laisse tomber, ok ?

Son sourire s’élargit et il se retint de rire.

-“Allez viens,  ça va, ça va… J’arrête de t’embêter”, me dit-il enjoué.

On s’éloigna sur la terrasse et avant de passer à autre chose, il était grand temps de savoir à qui j’avais affaire.

– Au fait, tu es qui toi ? Comment tu t’appelles ?…

-“A…io…. “

– Hum… ça me dit quelque chose…. Attends… Attends, je vais me rappeler….

– “Antonio” dit-il simplement en articulant bien tout en me regardant profondément.

*Clic, un pixel se débloque*

– Ah !!! Ca y est ! La semaine dernière, tu étais avec moi aussi ! Tu es venu me voir en rêve !

Il sourit.

– C’est ça ! ..

– Dis, désolée de te demander ça, mais il faut que je vois [X] là, c’est bizarre, avant on se voyait souvent et puis là, je n’ai pas de nouvelles. Tu viens bien m’amener à lui  ?

– “Il est pas loin, suis-moi.”

Au bout de quelques pas, le décor se modula en un intérieur de complexe aquatique. Il y avait très peu de gens ici. Et où était [X] ? J’étais incapable de le reconnaitre.

– Mais… où est-il ? Je ne le ressens pas, dis-je à moitié dépitée.

-“Devant toi, là-bas…”, fit-il d’un léger coup de tête.

Là-bas ?…. Mais là-bas, je ne reconnais pas ses personnes…

– “Allez”, me dit-il tout en s’éloignant pour aller se poser non loin, mais toujours de façon à ce que je reste  dans son champ de vision.

J’avançais timidement en appelant [X] doucement. Le type qui réagirait serait donc lui, c’était logique. Il répondrait à son prénom. Un homme qui jouait au bord de l’eau releva la tête vers moi et se leva au quart de tour pour venir à ma rencontre.

– “Camille ?…  Oui ?… Qu’est-ce qu’il se passe ?… Il y a un problème ?…. Ca ne va pas ?… “ me dit cet homme que je ne reconnaissais absolument pas et qui semblait l’air inquiet pour moi, en plus de m’avoir parfaitement reconnue.

J’écarquillai les yeux en le scrutant furtivement de haut de bas, puis fis les gros yeux à mon guide qui surveillait la scène, l’air complètement perdue, ne sachant pas comment réagir.

Il sourit  d’un air tendre cette fois ci, et me répondit d’un hochement de tête approuvant l’homme tout en le pointant du doigt.

Bon… Soit…Après tout, ce n’était pas la première fois que je ne reconnaissais pas sa forme. Je devais en être à trois ou quatre fois, facile. Alors bon, plutôt que de m’enflammer comme la fois dernière en refusant le dialogue, parlons-lui….

– …[X] ?…

– “Oui, ma chérie…. Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as un soucis ?… “

– (soupire) Je suis inquiète tu sais, on se retrouve quand ? Tu me dis “très bientôt”, mais c’est vague ça… Qu’est-ce qu’il se passe ?… Pourquoi on n’est pas déjà ensemble ?…

– ” ..Ah… Heu…. En fait…”, fit-il d’un air gêné. “Il s’avère qu’on devait se retrouver “demain”, mais … tu vois… j’ai….je… “, ajouta-t-il d’un air torturé et mal à l’aise.

– Q-Q-… Quoiiii ?…. Attends, j’ai pas bien entendu là… “Demain” ?… Et tu as changé d’avis ?…

Il me regarda d’une petite moue tout replié sur lui-même. Mes yeux s’étrécirent à leur maximum et mon sang ne fit qu’un tour. Un violent coup de bras heurta la vitre en plexi glace qui nous avait procuré une certaine intimité dans notre rencontre et qui était apparue comme par magie au cours de notre échange.

-Antonio !! Hurlai-je de colère. Qu’est-ce que c’est qu’ ce bordel !!?? Ramène ton cul ici TOUT DE SUITE !

Il sursauta et répondit à la volée en arrivant aussi vite que possible.

– “Ou-Ouii…  (il arriva à moitié essoufflée, les yeux ouverts en grand pour s’apprêter à encaisser mes humeurs fulminantes) … “

Avec de légers coup d’oeil entre lui et [X], je commençais l’interrogatoire.

– Tu entends ce qu’il me dit, là ?… On devait se retrouver “demain”, mais il semble y avoir ENCORE un problème ?…. ([X] baissa la tête, ne sachant plus où se mettre). Qu’est-ce que ça veut dire, Antonio ? Vous vous foutez de ma gueule, ou quoi ?… Vous jouez à quoi, là ?…

-“Camille… “, lui aussi ne savait pas comment répondre.

Je me retournai vers [X], excédée.  Avec lui, j’étais jamais tranquille, jamais sereine, tant qu’il ne serait pas chez moi dans mon lit, je n’étais pas sûre qu’il me la fasse à l’envers.

– Ca va faire presque 7 ans que je me crève le cul pour te retrouver,  et toi, non, tu changes d’avis, comme ça ?… C’est quoi le problème ? … J’ai 31 ans, je ne vais pas…

– “Oh, tu as 31 ans ?… Moi j’ai X ans de moins que toi. Enfin, X, mais je vais sur mes X ! ca fait X ans !”, fit-il avec un léger sourire en appuyant le chiffre avec le nombre de doigts.

Il semblait vraiment content d’avoir appris quelque chose sur moi, quelque chose de personnel et de ma vie réelle, ce qui m’attendrit en un quart de tour. D’autant plus que moi aussi, je raffolais de ce genre de petits détails croustillants qui nous rendaient l’un comme l’autre plus vrai que nature. En plus, il avait l’art et la manière de savoir comment m’apaiser en un millième de seconde. J’sais pas comment il fait. Ce mec a une capacité hors norme et irréel avec moi.

– Ah oui ?… lui  répondis-je en souriant, toute colère évanouie.

Bon, ça va, au moins, je ne les prends pas au berceau et je reste dans la légalité…. Ouf ! Nan vous imaginez si mon amour avait 20 ans de moins ?… Nan parce que niveau garantie et organisation de la venue sur terre hein… J’étais rassurée de le savoir à portée, et puis, tout coïncidait avec ce qu’il m’avait dit avant, qu’il n’avait pas pu venir en même temps que moi, et que cela lui avait pris un peu de temps à trouver le créneau. Mais “un peu de temps”, c’est vague…

Je le regardai, les yeux pétillants, tout joyeux de connaitre cette information, et je soupirai.

– Bon… [X],  allez, dis-moi, qu’est-ce qui ne va pas ?… Tu as un problème, c’est ça ?… Tu doutes ? demandai-je vraiment soucieuse, à l’écoute de sa problématique.

– ” ben…. (il se tordit sur ses jambes, un peu comme un petit garçon timide), c’est que… tu vois… “(il mit un doigt à la bouche par signe de stress en se le mordillant doucement)

– Dis-moi mon amour, je peux t’aider. Ensemble, on va y arriver. Quand tu as un problème, tu peux me le dire, je t’aiderai… Je suis là aussi pour toi, tu comprends ?… Parle-moi et dis moi ce qu’il se passe sinon, je ne peux ni comprendre, ni agir pour aider la situation.

– “Hum… tu vois… J’aime le cuir… et… heu…. enfin… “

– … Tu  comptes m’abandonner pour du cuir ? fis-je d’un air amusé et un tantinet moqueur. Bah merde alors…  Sérieux ?… Mais j’hallucine !, dis-je ne me retournant vers Antonio. T’entends ça ? J’me fais larguer pour un bout de cuir !

Tout penaud et presque six pieds sous terre, il prit la fuite et vint se poser sur l’échelle d’une des piscines derrière nous. Il se transforma en une jolie jeune femme en jupe portant des bottes, et qui n’avait même pas pris la peine de les déchausser pour mettre ses jambes fines à l’eau.

Je l’avais suivi du regard et compris rien que par son attitude. Il avait peur que je ne l’accepte pas avec ses goûts. Il craignait que je le rejette parce qu’il aimait des choses différentes de ce que j’aimais moi, et qu’en plus, il était à fond dedans. Je souris. C’était mignon. Et je le comprenais mieux que quiconque.

Je pris le pas pour le rejoindre rapidement. Enfin, la rejoindre, rejoindre sa part féminine, je supposais qu’il incarnait.

– Allons, allons, mon amour, l’appelai-je en allant à sa rencontre.

Voyant son air triste et perturbée, presque en train de bouder, je me jetai à l’eau toute habillée et l’attrapai par les jambes pour l’immerger totalement à l’eau avec moi.

– Allez, viens par là !… (je la trainais dans l’eau en la collant à moi) Mon amour, je me fiche de ce que tu portes, tu peux aimer tout le cuir que tu veux, toutes les paires de bottes que tu veux, ce n’est pas ça qui compte pour moi (je resserrai mon étreinte en plaçant ses jambes de femme autour de ma taille. Ma taille d’homme d’ailleurs. Je réalisais à l’instant que mon corps s’était modulé sans même m’en rendre compte, en me jetant à l’eau.) Mon amour, on ira où tu veux avec tes bottes, lui murmurai-je dans l’oreille d’une voix grave, on ira même dans des restos spécialisés si tu veux, et on ira boire des bières dans des endroits que tu aimes toi, où tu te sentiras bien… Tu peux bien aimer ce que tu veux, ça m’est complètement égal, on ira où tu voudras… (je lui relevai le menton avec beaucoup de douceur) tu comprends ? Tout ça, c’est qu’un détail pour moi, la seule chose qui compte, c’est d’être avec toi.

Je sentis ses muscles se détendre dans mon étreinte, et son regard s’apaiser. C’est fou comment on se bloque sur l’apparence et qu’on n’ose pas être ou aimer parce qu’on a peur que l’autre nous rejette…

Je lui souris.

– Ca va aller, mon amour, ça va aller, je suis là pour toi. Tu le sais, hein… ?

“Hum…” fit-elle, presque aux bord des larmes en resserrant ses bras autour de ma nuque et en plongeant sa tête dans le creux de mon cou.

Je me réveillai dans mon lit, en ressentant encore notre étreinte, douce et affectueuse.

– Que ce soit vraiment le cuir, comme dans le rêve si on le prend au pied de la lettre, ou autre chose, franchement, je me dis que, vraiment, je ne laisserai pas un objet me mettre en travers de notre réunion. Franchement, ce serait vraiment trop con… Bon par contre, j’vais l’mettre où moi tout son cuir à la maison ? J’ai pas de place dans mes placards ! *rires*

 

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4 Comments

  1. Fleur

    Coucou Camille,

    Tu reconnaîtrais tes propres énergies s’il s’était “déguisé” en toi ?

    vous n’auriez pas inversé vos rôles dans ce coup là ?

    Je me demande qui rit le dernier dans cette histoire …

    Bises

    1. Spiritual Flower

      Coucou Fleur,
      Figure-toi que je m’étais posée la question aussi en me réveillant. Je me suis demandée tout pareil que toi.

      Je n’ai pas vraiment de réponse sur ce coup là. Disons j’y vois là un champ des possibles.
      Sur le moment, j’avais cette profonde sensation que nous avions nos corps d’une ancienne vie. Parce qu’il m’arrive de revoir certaines choses en tant qu’homme.
      De plus, depuis que j’ai rencontré [X] j ai toujours eu comme un sentiment qu’il avait en lui ce qui me manquait, la douceur et la patience d’une femme, sa fragilité mais sa compassion. Alors que moi, meme depuis jeune, je me voyais toujours comme un bonhomme, brusque et fonceur.
      Je n’étais pas gêné avec nos corps, c’était comme normal. Mais, je suis consciente aussi qu’il pouvait très bien être capable de me passer un message autrement surtout comme il est mon autre bout d oeuf. On se reconnait donc l’un dans l’autre.

      Mystère mystère donc mais je ne compte pas me prendre la tête dessus car je pense que ce qui compte, est le message derrière et le doute mis en avant.

      Bises

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