Le rêve du petit garçon

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–  Camille, suis-moi, c’est par là.

–  Hm.

Un jeune homme m’ouvrit la voie et me fit passer des couloirs. Quelques secondes avant, j’étais encore dans mon lit, et maintenant, je me retrouvais en route vers l’inconnu.

Le paysage se modula sur un espace vert en plein village rudimentaire. Non loin de là, se trouvait un petit garçon, qui lorsqu’il me vit débarquer, se mit à avoir les yeux pétillants comme jamais. Pris d’une certaine frénésie, il stoppa ce qu’il faisait et accourut aussitôt. Il semblait savoir qui j’étais et à jeter un vif coup d’oeil sur les habitants qui m’ouvrèrent la voie, il était clair que tous ici savaient qui j’étais. Tous sauf moi vraiment.

Il arriva sur moi tandis que j’étais concentrée par ma cible à atteindre qui se trouvait quelque part derrière le village. Mes yeux se déportèrent sur ce petit corps qui me fit les yeux ronds couplés d’un sourire bien trop adorable pour ne pas s’arrêter. Quand il vit que je lui accordais une seconde d’attention, il me fit par de ses intentions qui semblaient plus que claires dans sa tête.

–  Moi, moi je veux devenir soldat ! s’exclama-t-il. Je deviendrai un guerrier pour incorporer ton armée et intégrer tes rangs ! Je veux combattre pour toi ! Je te promets que je travaillerai très dur pour devenir fort et dine de toi, et pour que tu puisses m’utiliser et tu pourras faire tout ce que tu veux de moi, tout ce qu’il te plaira. Je ferai tous les combats que tu voudras pour toi.

Petit chou. Travailler avec moi, une solitaire ?… Mon air s’adoucit radicalement et tendrement, ma main lui caressa les cheveux puis glissa le long de sa joue.

–  Je ne recrute pas de soldats. Je n’ai nul besoin de guerriers, et je ne construis pas une armée, je n’ai pas d’armée. Ne deviens pas un guerrier pour moi. Deviens un guerrier parce que c’est ce que tu veux pour toi, mais ne le fais pas pour moi… je n’en ai pas besoin… sois libre d’être. Fais ce qu’il te plait. Deviens la personne que tu as envie d’être tout simplement. Ne te force pas à être guerrier, tu comprends ?… tu es libre de choisir. Rien ne te force à être guerrier. Tu peux devenir tout ce que tu veux. Absolument tout ce qui te passe par la tête.

Son air enjoué se dissipa d’un coup. Il n’avait pas prévu ça comme réponse de ma part. Il aurait souhaité que je l’encourage, et que je lui dise que je l’attendrai et l’accueillerai, mais non. Plus de guerriers, voulait dire encore plus de guerres. Et plus de troupes, signifiait avoir à gérer de plus gros problèmes. Qu’il vive sa jeunesse et son insouciance. Il n’avait pas besoin de voir mes combats, d’assister à mes guerres et d’avoir à gérer toutes ces choses. Qu’il vive autre chose. Moi si je pouvais, j’arrêterai de combattre, mais je ne le peux pas parce que je suis au service, parce que je suis soumise à mes propres énergies qui me rappellaient sans cesse combien j’étais douée pour la guerre et le chaos. Je ne comptais même plus le nombre de fois où je leur avais dit que je faisais grève, mais en vain. J’étais un soldat noyé dans le combat qui ne cherchait qu’une seule chose, s’en débarrasser, et ce petit ne cherchait qu’une seule chose, plonger dedans… Le monde ne tournait pas rond. Surtout que je ne comprenais pas comment des entités pouvaient vouloir travailler avec moi, à moins d’être totalement maso.

Il me regarda sonné tandis que je me déportais vers le chemin de terre qui traversait le village. Un dernier coup d’œil sur le petit, et je le vis rebrousser chemin, perdu, en ne sachant plus quoi faire de sa vie. Ecoutera-t-il mon conseil, ou restera-t-il figé sur sa décision ? Je ne le saurai que plus tard, si un jour je le recroise dans l’au-delà.

 

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