Unbearable

Je ne veux pas me lever trop tôt. Je me rendors.

Mon corps s’allège. La vision part. Je suis en train de sortir de mon corps. Bien. Ça tombe bien, j’ai pas mal de sujets sur le grill. Je m’agrippe à la corniche du canapé, et finis de me tirer vers le haut en lévitant. Je retombe à l’autre bout du salon, qui, à ma grande surprise, est entièrement dénué de meubles. Il n’y avait ici que les sols et quelques murs distincts. La dimension reste proche. Soit. J’m’en tape. Je vais rebasculer dans quelques secondes.Ma vision scintille et se stabilise très mal. La densité oscille et mon corps peine à s’ancrer. Je n’ai seulement que 30 cm de diamètre net dans mon champs de vision, le reste est parsemé d’étoiles.

– Purée… je dois faire gaffe et bien manœuvrer, sinon c’est retour au lit direct !… Puisque c’est comme ça, je vais repasser par mes portes, c’est plus sur.

 Je chope la porte du placard et la referme en apposant ma main dessus. Je vois bien un chemin derrière mais je ne m’y fis pas.

 – Tout ce qui se trouve derrière est lié à (X) – Lui, c’est la porte de son Ame, j ai confiance que lorsque j’ouvrirai, derrière sera son univers.

 Rien à foutre, je n’ai plus rien à perdre, mais je stresse malgré tout. D’ordinaire je n’appelle pas les portes des autres comme ça. A vrai dire, je ne l’ai jamais fait. Je ne sais pas si la connexion va vraiment aboutir…

 Je rouvre la porte et revois le même chemin qui s’annonçait déjà tout à l’heure.

 –  Bon… merde. Soit. Allons-y ! Mes appels ne m’ont jamais trahie après tout. J’ai foi en eux.

 Deux trois virages après, (X) m’accueille les bras ouverts, le sourire certain.

 – Ah ! Te voilà enfin !

– “Tu as négocié avec moi. Tu m’as dit la dernière fois que si j’acceptais de venir à ta rencontre,  j’aurais le droit à une petite *biiiiiip* (trop cochon pour écrire le mot) ,  alors j’ai accepté et me voilà !” annonçait-il le sourire aux lèvres.

 – Hahaha, ah oui ? Vu comment je suis en manque, ça ne me surprend même pas que j’ai osé un truc pareil ! Mais, c’est pas de ma faute…  J’ai tellement faim de toi si tu savais .. Je veux te faire tellement de choses, … Tellement. De. Choses.

 Je relevai la tête et plongeai sur ses lèvres. Il se laissa faire. Et alors que je pensais qu’il allait vite canaliser mes énergies dévorantes, il me rendit mon baiser avec désir.

 – ” Hum..  quoi donc par exemple ?… Quelles sont toutes ces choses que tu voudrais tant me faire ?… “, me susurre-t-il avec un sourire sexy.

– Ça, par exemple… ou ça…. hum…. et ça… Oui, ça… Tu n’as pas idée de combien j’ai envie de toi, je suis tellement en manque de toi que ça me rend dingue…

Je le chevauchai, lui faisant bien comprendre l’ampleur de ma soif et d’un air torturé, je le suppliais de me laisser me nourrir de lui. J’avais tellement mal et qu’une seule chose pouvait m’apaiser.

– En attendant… , juste un peu… j’ai besoin…

Je le traquais depuis trop longtemps. Il était ma proie. Ma cible. Mon but. Mon autre. Et là, pendant juste quelques minutes, je le savourerai. Juste un peu. Là, en passant… en attendant que…C’était physique, c’était compulsif. Mon visage torturé fondu sur lui à la vitesse de l’éclair. Ses mains vinrent chercher le contact avec moi. Il ne subissait pas. Il acceptait de me donner.

L’érotisme n’était pas sexuel. Il était suggéré et sensuel, pur dans le souffle, le regard et l’intensité des mouvements balayant sa chemise. Il m’était impossible de m’empêcher de savourer sa nuque révélée par mes mains possédées : choper peau douce. Goûter peau douce.

 Il me regardait de ses yeux luisants, suivant le rythme de mes avances, me laissant profiter de tout ce qu’il était capable de m’offrir à l’instant présent, sa peau, son odeur, son torse débraillé par ma passion ardente. Il acceptait ce moment.
Il savait que j’en avais besoin. Oui. J’avais besoin de combler ce vide en moi, cette attente interminable et cette frustration de ne pas pouvoir le toucher. Un minimum, aujourd’hui, là, maintenant, le monde pouvait bien s’écrouler, je n’avais qu’une chose en tête, me nourrir de lui et de nous.
A moitié primaire, à moitié animal, j’assumais mon désir, j’assumais mes difficultés à ne plus être capable de gérer mes pulsions égotiques. Au diable la varice. Oh et puis merde. Encore un baiser. Ou deux.

 Sentir sa peau m’apaisait, comblait ma soif, mon attente, ma perdition. Il le savait. Il le sentait. Et il acceptait. Tout dans ses énergies disaient “prends ce dont tu as besoin, ca va aller, je suis là pour toi. Je te donne, prends.” Ses énergies  posées, stables, et si sûres d’elles, très loin de ma fougue explosive et capricieuse, de mon égo en souffrance et difficilement gérable.

 Après 10 longues minutes à goûter la profondeur de notre alchimie, j’arrivais enfin à relâcher la pression, à me décoller de sa peau, plus apaisée, avec une sensation de soif estompée. Il ne proposa pas plus qu’il n’arrêta de lui même. Il se pliait simplement à mes besoins urgents de l’instant.

 Je soufflais enfin, le regard détendu pour la première fois depuis des mois, il me sourit comme pour me dire qu’il m’aimait et que tout irait bien. Il savait mes ressentis. Je n’avais même pas besoin de me justifier. Il le voyait en moi.  Il comprenait pourquoi j’avais tant besoin de contact et me l’offrait de plein gré.

 – Je n’ai pas envie de me réveiller… j’ai envie de rester avec toi. Quand je vais rouvrir les yeux, je vais devoir aider ma mère qui n’est pas bien et je n’ai pas envie… Je veux rester ici avec toi… Je ne veux pas te quitter encore…

 – “Ma chérie… “ me répondit-il d’un sourire peiné.

 – Bon, et sinon, je sais ce que tu es, je t’ai vu arriver dans mon ciel, c’était pas très discret d’ailleurs ! Et puis je sais où tu es,  mais toi, tu as besoin de mon adresse pour qu’on se retrouve non ?

 – ” Hum… je n’en ai pas besoin, je peux te situer a peu près.”

 – mais si tu ne sais pas où j’habite, comment tu vas me retrouver ?

 – “J’ai bien les moyens de savoir où tu habites exactement, mais ce n’est pas ça que je veux. Ça ne m’intéresse pas.”

 – Ah bah d’accord, hey, tu sais que je me crève le cul depuis des années pour te retrouver au moins ? Est ce que tu sais combien je me suis fait chier like Hell pour te retrouver ?  J’en ai ras le cul de trimer comme une malade !

 Il m’écoutait attentivement, l’air sérieux et compréhensif. Voilà. Là au moins, il ne pourra pas me dire qu’il ne savait pas. Tout était dit sans équivoque. Je le regardai comme une folie furie, poings sur les hanches, chaude comme la braise, au moins, cette fois ci, j’étais sûr qu’il captait mes jérémiades.

 – “Si je ne souhaite pas savoir où tu habites, c’est parce que je veux que tu m’y invites de vive voix… Je préfère que tu me le dises, en face.” , ajoute-t-il simplement.

 – … Ah…  Oooh…… (*soupire*) …. Hum… je comprends… Ca se tient…

 Qu’est ce que je pouvais répondre à ça ?…  C’était mignon. Et beau. Et délicat comme attention. Pas bourrin et Brutus comme moi. Rahlala… Il me rend dingue. Sur tous les plans. Je suis foutue.

 Il m’emmena ensuite faire un tour de la dimension. On contourna un coin de l’endroit et du sable se fit sentir. Nous arrivions sur une plage en bord de mer. Il faisait beau et la température était agréable.

 – Elle est vraiment proche de la dimension terrestre… c’est surprenant dis-donc. Tout est vraiment bien calibré ! C’est bluffant…

 – “Oui, il y en a même ici qui croient que c’est la réalité, comme lui par exemple.”

 Un client arriva.

 – Hey salut ! Tu peux m’aider à jouer à …. , s’écriait un mec s’approchant de (X).

 Ils font un échange rapide avec un bon pour accord avant que le mec lui tourne les talons avant de disparaitre.

 – “J’ai un business à faire tourner ici”, me dit-il en me regardant simplement.

 Mouais. J’avais bien compris qu’il menait bien sa barque sur tous les plans et qu’il gérait bien mieux que moi ses énergies.  Admirative ou jalouse, j’hésitais encore… Il est beau et rien qu’à moi… Seulement il m’énerve aussi, et me frustre… mais il est beau… et charmant… Et il m’énerve. Mais je l’aime…

 Je tournai la tête et découvris une connaissance à lui.

 – Et je suppose que je devrais vous connaitre aussi, sauf que je ne me rappelle de rien. Ma mémoire est bloquée. Je n’ai aucun souvenir de vous, balancais-je à la meuf allongée, camouflée dans le sable.

 – On s’est déjà rencontré en effet, rappelle toi, le cours de … avec …. ? C’était moi.

 – … ? Hein ?…

 Qu’est ce qu elle me dit ? Je ne comprenais rien, les éléments ne coïncidaient pas entre eux. Ce n’était pas cohérent. Vas y , j’en ai marre, j’me casse.

 Sans demander l’avis à quiconque, je pris la tangente dare-dare. Si (X) me voulait, il n’avait qu’à me chercher. Ou me retenir. Je m’élançais, fit un grand bon et pensai partir m’envoler dans l’espace comme à mon habitude.

Ouais, enfin ça, c’était ce qu’il aurait dû se passer. Sauf que dans cette dimension de merde, je n’ai décollé que de que 5 ou 6 mètres. 1. La honte. 2. Fais chier ! Moi qui voulait filer en douce et partir la tête haute, je me suis rétamé bien vite au sol, happée par une gravité inhabituelle. Comment ça je ne peux pas voler ici ??! Vénère, je bondis dans la piscine avec un saut de 15 mètres de haut. Là, au moins, je pourrais réfléchir en silence au fond quand je sombrerais. Parce que pour la peine je vais partir par un autre moyen.

Ouais, enfin, ça aussi c’était un plan sympa mais en vain. Dimension à la noix ! Le choc a été vif, et j’ai quand même fini par remonter à la surface. Bon là… j’abdiquai. Et lui ne s’inquiétait pas de mes bêtises ? Ou se moquait-il de mes essais râtés pitoyables pour me faire remarquer ? Pssss… et Flûte. Je lâche l’affaire. Soit. Flânons.

 Je longeais la plage, et admirais les jeux de bulles transparentes, des gens enfermés à l’intérieur et qui roulaient sur eux-mêmes. Je percevais les flux et mouvements comme si j’y étais. Amusant, oui voilà, c’était amusant, sauf que quand la meuf s’est croutée, et ça m’a aussi impacté. Au bilan, j’avais une bonne croute de graviers et sable coincée derrière l’oreille mélangé à une plaie ou alors, la plaie datait peut être de tout à l’heure lors du choc avec le plongeon de malade ?…

 Sans savoir comment je m’étais retrouvée avec ce soudain petit bobo,  comme un bébé, je courus pleurer misère dans les jupons de mon chéri. Bah quoi ? Se faire spolier de temps à temps, ça n’a pas de prix. Surtout quand on a un gros manque affectif. *ahem ahem*

 – (X) !! … Tu peux m’aiiiiideeeer, j’ai mal… !

 Ma voix criarde aussitôt perçue au loin, il arrêta net sa conversation et se détourna de l’homme avec qui il était en train de faire un biz-biz.

 – Viens ma chérie, je suis là, dit-il d’un ton intrigué. Qu’est ce qu’il t’est arrivé ? Fais-moi voir.

 Il me vit courir vers lui et m’ouvrit les bras pour m’accueillir avec chaleur et amour. J’ai fondu dedans sans état d’âme et j’ai penché la tête pour lui indiquer vaguement l’endroit.

 – Làaaa, regarde, je me suis éclatée la gueule ! J’ai pas fait attention… Ça m’piiiiiiiique !

 J’avais beau jouer l’enfant pourri gâté, il regardait ma plaie avec soin et sérieux et cela ne l’empêchait pas le moins du monde de relancer la conversation là où il l’avait arrêté quelques secondes plus tôt avec l’homme en question. Il m’enlaça les hanches d’une main délicate tandis que l’autre nettoyait l’arrière de mon oreille avec douceur et précision, parcourant mon lobe et démêlant doucement les grains pris au piège derrière l’oreille.

 Il ne me demandait pas de partir. Ma présence n’était pas considérée comme une contrainte et j’aimais  ça. J’aimais le fait qu’il s’occupe de moi et ne me mette pas côté ou ne me demande pas de me débrouiller toute seule parce qu’il était occupée et que ce n’était pas grand chose.  Pas de petite gamine capricieuse. Non, il ne me jugeait pas. Il m’acceptait comme ça et j’aimais ça. Il aimait et voulait prendre soin de moi.

 Il finit par me prendre la main en route  pour la visite d’un autre site. J’ai bien essayé entre temps de me barrer une nouvelle fois de la dimension en m’envolant mais impossible. Trop frustrant. Très rare aussi de me retrouver bloquer sans pouvoir voler.

 Puis soudainement, je repensai à un vieux dossier.

 – Bon… Au fait, tu me le donnes mon deuxième indice !? On a un jeu en cours je te rappelle, et je trouve que je mérite amplement mon Mot.

 – “Ah, ton jeu, hum-hum… ” dit il d’un air surpris. Il devait surement penser que ça n’avait plus d’intérêt maintenant que je savais qui Il était.

 – Oui. J’ai bossé dur non ? Et j’aime bien mon jeu. J’estime que j’y ai droit. C’est ma carotte et je ne lâche pas l’affaire. Bon,  tu’m’le donnes ?! J’attends toujours.

 – Attends, je regarde où on en est…

 Il se pencha sur un classeur et pointa le sujet. Il ouvrit la bouche pour parler et j’expirai fort soudainement. Mon ventre souffla tout l’air qu’il avait. Oh non ! Le poids de la couette. Oh merde ! Non non non ! La chaleur du lit. Non pas ça, pas ça !

 Je me réveillai d’un coup.

 – Nan mais nan !! Flûte !! J’allais enfin avoir mon 2eme indice à notre petit jeu de mots croisés astral ! Rooohh !!  J’y-étais-presque !! Pourquoi-pourquoi-POURQUOI !? Bouhh ! Ouin !! J’ai pas eu mon mot ! C’est pas juste !

 Ensuite, je me suis levée et j’ai commencé à ranger. C’était pour ça que j’étais venue dormir chez maman, pour l’aider un peu et l’assister du mieux possible.

 *soupire*

– Peau douce… tu vas me filer entre les doigts encore combien de temps ?…

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Source: All

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